CALGARY, LA RICHE

C’est vers le milieu des années 70 que j’ai commencé à aller dans l’Ouest canadien par affaire. C’était pénible pour deux raisons : tout d’abord, on s’ennuyait à mourir car il n’y avait rien à faire et, ensuite, il y avait un ressentiment contre le contrôle que le Québec et l’Ontario exerçaient à la fois sur l’économie et sur la politique au Canada. Pas facile dans un tel contexte de faire valoir son point de vue. En fait, au niveau politique, on était aux antipodes surtout que le Parti Québécois venait de prendre le pouvoir au Québec. Et les provinces de l’Ouest canadien avaient la réputation d’être des amateurs en politique avec des gouvernements peu organisés et peu structurés. C’était une époque où, il faut l’admettre, l’Est du pays se foutait royalement de ce qui se passait à l’Ouest de l’Ontario, sauf à Vancouver, une ville déjà reconnue comme cosmopolite et que l’on enviait. Mais l’Alberta attendait son tour et ruminait sa rancœur contre certaines politiques d’Ottawa, dont le désormais regretté Programme National de l’Énergie qui a servi de catalyseur pour leurs revendications. Quant à nous à Montréal, on ne voulait rien savoir de ces revendications. On avait déjà le meilleur club de hockey, un bon club de baseball, les meilleurs restaurants, des festivals de toutes sortes, une économie en forme et un Jean Drapeau qui nous avait donné l’Expo 67 et les Jeux Olympiques d’été de 1976. Et notre pétrole ne provenait même pas de l’Alberta.

Aujourd’hui, 30 ans plus tard, quel changement, surtout à Calgary où je dois aller par affaires personnelles plusieurs fois par année. Tout d’abord, la population est passée de 400 000 au début des années 70 à plus de 1 million aujourd’hui. Et croyez-moi, ils n’ont plus de complexes. Le pétrole leur a donné des ailes et une assurance qu’ils avaient besoin pour prendre leur place dans l’échiquier canadien. On réalise que le triangle Calgary-Edmonton-Vancouver prend la place du triangle Montréal-Ottawa-Toronto. Et on est mieux de s’y faire car l’hégémonie de l’Ouest pourrait durer longtemps. Un voyage à Calgary aujourd’hui est tout simplement une belle aventure. Ça bouge partout. À mon dernier voyage, j’ai compté 20 édifices à bureaux en construction et j’en ai certes oublié. Les restaurants sont variés et la bouffe y excelle. Peut-être pas encore la finesse qu’on retrouve à Montréal, mais on y arrive. Il n’y a pas de taxe provinciale, les impôts sont les plus bas, l’aéroport est un bijou et les hôtels sont pleins. En fait, à Calgary, il y a un climat propice aux affaires et on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Les gens n’ont plus de temps à perdre à critiquer le Québec. Autant on se foutait d’eux il y a 30 ans, autant ils se foutent de nous aujourd’hui. Le Québec veut se séparer ? Alors, allez-y, on est capable de vivre sans vous. Cette confiance en soi et ce renouveau ont vraiment commencé avec les Jeux Olympiques d’Hiver de Calgary en 1988 et se poursuit aujourd’hui avec leur fameux Stampede qui a atteint une réputation mondiale

Ce qui frappe à Calgary, c’est l’argent. Ça coule à flot partout. Il y a maintenant plus de sièges sociaux à Calgary qu’à Montréal et l’écart va en s’agrandissant. Quand on parle d’une vieille bâtisse, on parle d’un immeuble construit il y a à peine 25 ans. La ville est propre et les gens sont fiers. Des maisons unifamiliales à plus de 1 million, il s’en construit partout. Les albertains ont un peu un bouffon en Ralph Klein comme premier ministre, mais ils se plaisent à dire que son règne tire à sa fin. Il a été bon pour eux mais ils savent qu’ils doivent maintenant passer à quelqu’un d’autre. De toute façon, son successeur sera aussi un politicien issu de la droite car la gauche, en Alberta, n’attire personne. Alors que le filet social est omniprésent chez-nous, à grands frais il faut le dire, le capitalisme à l’américaine règne en maître chez-eux. Espérons qu’ils sauront éviter les pièges qui guettent ceux qui ont le succès facile, surtout quand il vient du pétrole, une matière non renouvelable, et que ce même succès peut créer des classes sociales qui finissent par détruire le fondement même de la société.

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