FINIE LA LUNE DE MIEL

Publié dans La Presse, le 20 décembre 2011 :


M. Molson,

Tant d’un point de vue historique, en raison du long engagement de votre famille, que d’un point de vue financier, étant donné le prix élevé que vous avez payé, vous avez de toute évidence un intérêt particulier dans le succès du Club de hockey Canadien. Je crois cependant que votre règne, autant comme président que comme propriétaire, commence plutôt mal et que vous allez devoir analyser en profondeur les forces et les faiblesses de votre organisation et apporter rapidement certains changements qui s’imposent, surtout au niveau hockey et en ce qui a trait au respect des partisans.

Détenteur de billets de saison, j’aime assister à une bonne partie de hockey au Centre Bell dans une atmosphère agréable. J’ai été à même de voir la progression fulgurante de l’aspect marketing au cours des 10 dernières années au sein de l’organisation présidée par Pierre Boivin. La clientèle qui assiste aux parties est aujourd’hui plus jeune et plus bruyante et, il faut le dire, plus partisane dans le bon sens du terme. Toutefois, le succès sur la patinoire n’a pas suivi le succès en dehors de la patinoire et il m’arrive de ne rien comprendre à certaines décisions qui ont parfois des conséquences néfastes, et ce, même si je ne suis pas un expert en hockey. Voici quelques observations que vous auriez intérêt à considérer:

> Je vois de moins en moins de détenteurs de billets de saison dans les gradins. De toute évidence, ils donnent leurs billets à des subalternes ou à des clients au lieu de venir eux-mêmes. C’est un mauvais signe.

> Je me surprends à regarder le tableau indicateur à plusieurs reprises durant une période tout simplement parce que j’ai hâte qu’elle finisse.

> Très souvent, je quitte après la deuxième période parce que la partie est trop ennuyeuse.

> Je me surprends souvent à devoir regarder le dos du chandail de certains joueurs pour voir leur nom parce que je ne sais pas qui ils sont.

Cela dit, le geste le plus ridicule qu’il m’ait été donné de voir depuis des lunes et qui dénote un manque notable de sensibilité et de compréhension concerne la nomination de Randy Cunneyworth à titre d’entraineur-chef des Canadiens. Je n’ai pas de problème à ce qu’il soit anglophone, mais je trouve inacceptable qu’il ne parle pas le français. Je ne comprends absolument pas que, en tant que président et propriétaire, vous ayez laissé passer cette nomination. En fait, je n’aurais rien à dire contre le fait qu’un propriétaire, un président ou même un directeur général ne parle pas français, pas plus que je m’offusque de ce que certains gestionnaires de la la Caisse de Dépôt, de Bombardier, de CGI et de la Banque Nationale qui ne sont pas en contact direct avec le public ne maîtrisent pas le français. L’entraineur-chef des Canadiens de Montréal, c’est différent. C’est lui qui, jour après jour, doit expliquer aux journalistes, donc à la population, les raisons de la victoire ou de la défaite dans la dernière partie. C’est lui qui annonce les changements qu’il entend apporter pour la prochaine partie. À partir de maintenant donc, je devrai me contenter d’une traduction «to know what the coach has said and what he intends to do». J’ai comme l’impression que cette nomination mal planifiée vient de mettre un terme à votre lune de miel avec les partisans des Canadiens de Montréal.

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