LA DURE RÉALITÉ ÉCONOMIQUE DES QUOTIDIENS

Que La Presse décide de ne plus publier le dimanche n’est certes pas une surprise pour moi. Ce n’était pas une question de savoir si ça se ferait mais quand ça se ferait. Au cours des deux dernières décennies, la mondialisation des marchés et l’arrivée de l’internet ont eu pour effet de bouleverser des segments entiers de notre économie. Aujourd’hui, c’est au tour du monde des grands quotidiens de passer un mauvais quart d’heure. D’une part, la tarte publicitaire n’augmente plus et, d’autre part, la part de marché des quotidiens à l’intérieur de cette tarte publicitaire est en chute libre. Et cela, c’est sans compter la récession qui ajoute à ce drame. Considérés à juste titre comme les rois de l’information, les quotidiens ont d’abord su résister à l’arrivée des média électroniques, notamment de la télévision tant généraliste que spécialisée. Leur profitabilité a permis à des groupes d’employés de se négocier au cours des années des ententes tout à fait exceptionnelles. En fait, les propriétaires de journaux n’avaient aucun problème à accorder de telles conditions parce que la tarte publicitaire augmentait année après année et les quotidiens bénéficiaient d’un lectorat stable ainsi que de revenus publicitaires en augmentation continue. Mais, depuis deux ans, les revenus publicitaires des quotidiens, lesquels représentent au-delà de 80% de leurs revenus totaux, ont chuté de façon plus rapide que prévue et continuent de fondre comme les glaciers de l’Arctique. Et les conséquences sont néfastes d’autant plus qu’on ne voit pas la fin de l’hémorragie. Dans ce contexte, on ne compte plus les quotidiens qui ont fermé leurs portes même après des décennies de publication, ni ceux qui ont cessé de publier les dimanches, lundis, mardis et même les mercredis pour sauver la mise. D’autres continuent de publier tous les jours mais subissent des pertes financières soutenues. Parmi ceux-là se trouvent le plus important quotidien au Canada, le Toronto Star, et le plus important aux États-Unis, le New-York Times qui vient de connaitre une baisse de ses revenus publicitaires de plus de 20 %.  Et pour compenser une perte de 20% en publicité, un quotidien se devrait d’augmenter le prix de vente d’au moins 80%, ce qui est impensable à l’ère des quotidiens gratuits et à l’ère des nouvelles gratuites sur internet. Ici, au Québec, il y a un conflit qui perdure au Journal de Montréal. Loin de moi l’idée de prendre position dans ce conflit, mais refuser de voir l’évidence ne fera pas disparaitre le problème, pas plus d’ailleurs qu’à La Presse. Les syndiqués devraient tirer une leçon de ce qui est arrivé aux typographes. Se croyant indispensables, ces derniers ont longtemps combattus l’évolution de la mise en page d’un journal. Mais l’inévitable les a rattrapés et ils ont disparu de la carte même après des grèves mémorables. La leçon est simple : on peut se battre contre certaines réalités économiques mais vient un temps où on se doit de réaliser que certains droits acquis ne sont plus pertinents et qu’il y va de la survie même de l’entreprise. D’ailleurs, si j’étais dans la peau du syndicat du Journal de Montréal ou de celui de La Presse, j’appellerais la direction pour leur dire que je suis prêt à discuter ‘’vite, vite, vite, vite, vite, vite, vite’’, d’autant plus que les offres sur la table permettraient aux employés de continuer à avoir des conditions de travail au delà de la moyenne. Si les quotidiens continuent à perdre la manne publicitaire nécessaire à leur bon fonctionnement, ce qui semble être le cas, le Journal de Montréal et La Presse, pas plus d’ailleurs que les autres quotidiens du Canada et des États-Unis, ne seront en mesure de maintenir les conditions actuelles de travail. Dure réalité économique, mais réalité économique quand même. Les ravages causés aux quotidiens par l’arrivée de l’internet ne font peut-être que commencer.

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