LA SAQ ET L’ONTARIO

Lorsque la tourmente frappe la SAQ, deux points reviennent toujours à l’avant-scène : la privatisation éventuelle et la comparaison avec l’Ontario. Mais alors que la privatisation relève beaucoup plus du domaine politique, la comparaison de prix avec l’Ontario a plus à faire avec les stratégies commerciales de chaque province, notamment le fait que l’Ontario est un important producteur de vin et que cette province a un intérêt particulier à protéger les producteurs de vin de la Péninsule du Niagara. En fait, avant que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) se mêle de la partie, l’Ontario prenait des marges de profit minimes sur ses vins locaux mais se reprenait en taxant indûment les vins importés. Obligée par l’OMC de cesser cette pratique, l’Ontario a alors décidé de ne pas hausser le niveau de taxes sur les vins du Niagara au niveau des vins importés, car elle se serait mise à dos tous les producteurs locaux. Parallèlement, elle a aussi décidé de ne pas baisser les taxes sur les vins importés au niveau des produits locaux car elle aurait subi une perte de revenues trop importante. Elle a plutôt opté pour une formule mitoyenne, à savoir à la fois une augmentation des taxes sur les produits locaux et une baisse de taxes sur les produits importés. La résultante de cette stratégie a fait en sorte que leurs vins dont les prix de détail sont inférieurs à 20$, dont tous les vins du Niagara, sont sensiblement moins chers que ceux de la SAQ alors que leurs vins dont les prix de détail se situent à plus de 25$ sont un peu plus chers que ceux de la SAQ. Mais comme les vins à moins de 20$ représentent et de loin la plus importante portion des ventes, la SAQ n’était plus dans la partie. Et la situation n’a pas changé depuis.

Pourquoi la SAQ n’a t’elle pas fait la même chose ? Simplement parce qu’elle est trop dépendante des ventes de vins pour sa profitabilité. En fait, au Québec, c’est le vin qui a la faveur (près de 75% des ventes totales) alors qu’en Ontario, c’est de loin les spiritueux qui se vendent le plus. En fait, sur une base per capita, les ontariens boivent deux fois plus de spiritueux que les québécois. Et comme la marge de profit est supérieure sur les spiritueux qu’elle ne l’est sur les vins, l’Ontario peut plus facilement baisser le prix de ses vins sans affecter ses résultats outre mesure, ce qui n’est pas le cas au Québec. En 1999, j’avais fait faire une analyse à savoir ce qu’il en coûterait au Québec pour égaler les prix de l’Ontario sur les vins. Si ma mémoire est bonne, le coût aurait dépassé les 150 millions de dollars, à savoir près du tiers du dividende que la SAQ versait au gouvernement à ce moment-là. C’est pour cette raison que la parité avec l’Ontario avait été mise de coté en attendant que les ventes et le dividende augmentent à un niveau le permettant. Depuis ce temps, la consommation de vin per capita, au Québec, est passée d’environ 12 litres en 1998 à près de 17 litres en 2005, et il semble que cette progression va continuer dans l’avenir prévisible. La SAQ pourrait fort probablement établir un échéancier sur plusieurs années pour rattraper l’Ontario, sans trop nuire à sa profitabilité, d’autant plus que la tendance des consommateurs se dirige vers des produits plus dispendieux sur lesquels la SAQ n’aurait pas à baisser ses prix. Et cette parité avec l’Ontario serait plus facile à accomplir si la SAQ prenait le contrôle des prix coûtant en négociant directement avec les producteurs plutôt que de laisser les agents fixer les prix.

Mais dans ce débat Québec vs Ontario, on oublie souvent une donnée fondamentale, à savoir qu’au Québec le privé vend déjà une importante portion des produits alcoolisés, dont presque toute la bière et une bonne partie du vin, alors que dans toutes les autres provinces et territoires, mise à part l’Alberta, les monopoles contrôlent la presque totalité des produits alcoolisés. Même en Ontario, la bière est vendu uniquement dans deux monopole, l’un privé, le Brewer’s Retail, et l’autre public, la LCBO. Les épiceries et dépanneurs ne vendent ni bière, ni vin en Ontario ou dans toute autre province. C’est au Québec que le commerce de l’alcool est déjà le plus libéralisé au Canada, si on exclut l’Alberta qui a privatisé son réseau

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