LE DÉCLIN DE L’IMPRIMERIE

LE DÉCLIN DE L’IMPRIMERIE

Publié dans La Presse, le 15 octobre 2013 :

Lorsque Gutenberg a développé le concept de l’imprimerie il y a plus de 500 ans, il ne se doutait certes pas que son invention prendrait une importance aussi vitale dans la vie de tous les jours, pas plus qu’il ne se doutait qu’une invention appelée internet viendrait un jour lui faire la vie dure et même la mettre en échec.

Jusqu’à ce jour, l’imprimerie a en effet été un outil indispensable autant pour les personnes que pour les entreprises, sans oublier les gouvernements et les médias. Elle a été de tous les combats, de tous les contrats entre individus et de tous les traités entre pays.

Il y a une cinquantaine d’années, plusieurs ont cru que l’arrivée des ordinateurs pourrait signifier la fin de l’imprimerie, mais il n’en fut rien. La même chose s’est produite avec l’arrivée de la télévision, plusieurs croyant alors voir venir la disparition des grands quotidiens. En fait, l’imprimerie a connu une croissance exponentielle au cours de ces 50 années.

Il aura fallu une invention plutôt récente pour commencer à percer l’armure de l’imprimerie: l’internet et ses dérivés. Les premiers signes de décroissance se sont manifestés à Postes Canada, qui a connu une diminution sensible du nombre de lettres à distribuer, les gens remplaçant le courrier traditionnel par le courrier électronique. Puis, ce fut au tour des médias écrits de lentement mais sûrement subir un bouleversement que la plupart n’avaient pas prévu, ou en avaient simplement sous-estimé la rapidité.

Depuis cinq ans, on a vu des entreprises bien établies comme Groupe Pages Jaunes devoir conclure des ententes avec leurs créanciers pour éviter la faillite. Cette entreprise, qui se croyait solide comme le roc, n’a pas réalisé la vitesse avec laquelle les clients délaissaient les annuaires traditionnels, et a tout simplement entrepris tardivement un virage nécessaire vers la publicité électronique.

Que dire maintenant de la presse écrite, notamment les quotidiens et magazines? Partout les imprimeurs qui dépendent des médias écrits devront se recycler très vite. Sinon, leurs succès d’hier et d’aujourd’hui deviendront les échecs de demain. Dans le monde, c’est par centaines qu’on a vu dans les dernières années de grands journaux disparaître, ou diminuer leur tirage, ou encore publier en format électronique seulement. Les grands quotidiens font face notamment à une nouvelle compétition, celle des journaux gratuits. La tendance est implacable : les gens ne veulent plus payer pour avoir des nouvelles.

Il y a aussi des sites internet qui nous permettent, pour un prix minime, de télécharger des centaines de journaux en provenance d’à peu près tous les pays du monde. Pour environ 25$ par mois, j’ai accès tous les jours à plus de 2500 journaux en version électronique. Il y a aussi Amazon qui a lancé la mode des livres en version électronique, sans qu’il soit nécessaire d’acheter une version imprimée. Ce phénomène prend de l’ampleur d’année en année et tous conviennent que cette mode ne fait que débuter.

Le journal La Presse a été un des premiers, sinon le premier, sur la planète à investir des sommes importantes pour développer une application web permettant de télécharger le quotidien gratuitement. Appelée La Presse+, cette application semble connaître un grand succès. Et si ce succès s’accentue, La Presse pourrait alors abandonner entièrement sa version imprimée. Il faut prévoir que les autres grands quotidiens de la planète feront probablement de même éventuellement.

Étant moi-même un abonné de La Presse+, j’imagine qu’un jour, peut-être pas si lointain, les grands détaillants, dont l’outil principal de publicité est la plupart du temps la circulaire imprimée, pourraient utiliser une application électronique semblable et abandonner la publicité imprimée. Ce jour n’est peut-être pas aussi lointain qu’on peut le penser.

Le jour où les livres seront lus principalement en version électronique, où les grands quotidiens et magazines cesseront d’avoir une version imprimée, et où les grands détaillants cesseront d’avoir une circulaire imprimée, les imprimeurs qui dépendent de ces médias écrits devront se recycler très vite. Certains sont sur la bonne voie dans leur transition vers le web, alors que d’autres ne semblent pas voir venir l’ouragan.

Pourtant, c’est maintenant qu’ils doivent préparer la suite des choses. Sinon, leurs succès d’hier et d’aujourd’hui deviendront les échecs de demain.

Publié par Gaétan Frigon