LE MEILLEUR ALLIÉ DU PQ

Publié dans La Presse +, le 15 avril 2015

Stephen Harper fournit aux péquistes des arguments inespérés pour convaincre les Québécois de la nécessité de se séparer du reste du Canada

J’ai vraiment l’impression que si une majorité de Québécois décidait un jour de voter pour la séparation, cela aurait beaucoup plus à voir avec un sentiment anti-Canada qu’avec un sentiment pro-Québec.

Autrement dit, les politiques de droite mises en place par le Parti conservateur de Stephen Harper auraient plus d’influence pour convaincre les Québécois de voter oui, que les arguments identitaires, pour ne pas dire suicidaires, souvent mis de l’avant par le Parti québécois.

Malgré toutes les guerres et autres querelles « anglophones vs francophones » qui ont marqué l’histoire du Canada, le pays que j’ai connu depuis ma naissance se voulait un Canada pacifique, un Canada des Casques bleus de l’ONU, un Canada sans les grosses bottes de nos voisins américains, un Canada moins individualiste, avec des politiques sociales plus universelles. Qu’il y ait eu et qu’il y ait encore des conflits de juridiction, cela fait partie des aléas d’une Confédération où tout un chacun doit composer avec d’autres paliers de gouvernement.

Il est vrai aussi que, depuis la Confédération, le Parti libéral du Canada (PLC) s’est lui-même autoproclamé le « Natural governing party », c’est-à-dire le parti « Naturellement appelé à gouverner », et ce, même si les politiques du Parti conservateur, lorsque ce dernier était au pouvoir avant que Stephen Harper ne le soit, demeuraient très centristes, sans aller ni trop à gauche ni trop à droite. Ce parti est d’ailleurs à l’origine, notamment sous Brian Mulroney, de politiques qui ont modernisé le Canada.

Mais comme le pouvoir du PLC lui venait surtout du Québec et de l’Ontario, ce dernier s’est lentement, mais surement, aliéné les citoyens des provinces de l’Ouest. Sachant que ceux-ci ont toujours été reconnus comme plus à droite, il est donc un peu normal que, depuis que l’Alberta est devenue le moteur de la croissance économique du pays, il y ait un partage de pouvoir plus équitable entre l’Est et l’Ouest du Canada. Mais il y a une limite qui est en train d’être dépassée, tellement le gouvernement de Stephen Harper gouverne le pays tout comme si l’Ontario, le Québec et les provinces maritimes n’existaient plus.

Depuis qu’il est au pouvoir, le Parti conservateur de Stephen Harper est vraiment en train de faire du Canada un pays qui devient une réplique des États-Unis tant il fait un virage à droite.

Il est en train de détruire l’essence même qui tenait les morceaux en place, qui faisait justement que le Canada était différent des États-Unis.

Que ce soit au niveau de l’environnement avec sa politique controversée sur les sables bitumineux. Que ce soit au niveau de sa politique vis-à-vis Israël selon laquelle les Israéliens ont toujours raison alors que les Palestiniens ont toujours tort. Que ce soit au niveau de sa politique sur les armes à feu qui va totalement à l’encontre des convictions profondes du Québec. Que ce soit au niveau des compressions imposées à Radio-Canada pour des raisons plus politiques que budgétaires. Il est évident que le Québec se reconnait de moins en moins dans ce pays dont il est pourtant l’un des fondateurs.

Tout considéré, il me semble que le Parti conservateur sous Stephen Harper est en train de devenir le meilleur allié du Parti québécois en donnant à ce dernier des arguments inespérés pour convaincre les Québécois de la nécessité de se séparer du reste du Canada. Le prochain chef du PQ devrait remercier Stephen Harper et souhaiter que ce dernier continue dans la même veine.

Personne ne saurait blâmer le PQ de se servir des gaffes du Parti conservateur pour faire avancer sa cause.

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