LE NOUVEAU CASINO : UN PROJET BIEN PENSÉ

MIEUX VAUT CONTRÔLER LE JEU QUE LAISSER LES AUTRES LE CONTRÔLER

Il faut avoir été PDG de Loto-Québec pour réaliser à quel point le moindre changement dans la gestion du jeu soulève les passions, que ce soit au niveau des billets de loterie, des appareils de loterie vidéo ou des casinos. Il y a ceux pour qui l’offre sera toujours trop importante et il y a ceux qui ne veulent pas perdre ce qu’ils considèrent un droit acquis. Et les politiciens, chaque fois qu’il est question de jeu, marchent sur des œufs et préfèrent souvent ne pas prendre de décision plutôt que de risquer de se faire critiquer.

Des quatre grands ‘’péchés’’ les plus connus, à savoir la drogue, la prostitution, la boisson et le jeu, la plupart des sociétés ont légalisé les deux derniers car ils ne sont pas considérés aussi mauvais que les deux premiers. Et il faut évidemment ajouter à cela le fait que nos gouvernements font d’une pierre deux coups : en contrôlant la boisson et le jeu, ils s’assurent d’une part que les règles du marché sont équitables et, d’autre part, ils empochent des profits qui autrement pourraient bénéficier au crime organisé. Et comme le jeu est de juridiction fédérale, le gouvernement du Canada a décidé il n’y a pas si longtemps d’en laisser la gestion à chaque province. C’est dans ce contexte que Loto-Québec a vu le jour, tout d’abord pour gérer les billets de loteries, puis les casinos et finalement les appareils de loterie vidéo. C’est ainsi que le gouvernement a pris la relève des ‘’Irish Sweepstakes’’, des casinos de fortune et des appareils illégaux dans les bars.

Avant la légalisation de ces différentes sortes de jeu, il y a toujours eu un débat de société qui a précédé leur mise en application. Qui ne se souvient pas de la ‘’taxe volontaire’’ de Jean Drapeau, l’ancêtre des billets de loterie et l’élément déclencheur de la légalisation du jeu au Canada. Et qui ne se souvient pas du débat sur les casinos qui a duré des mois avant que, finalement, le ministre de la Sécurité Publique du temps, le regretté Claude Ryan, donne son aval. Claude Ryan était loin d’être un adepte du jeu mais il s’était rendu compte, devant la rapide évolution des casinos, que le choix était fort simple : ou bien c’est le gouvernement qui s’en charge, en établit les règles et en garde les profits, ou bien ce sont ‘’les autres’’ qui s’en chargent, établissent les règles et gardent les profits.

C’est alors qu’est né le Casino de Montréal. Logé dans l’ancien pavillon de la France de l’Expo 67,  ce casino s’est distingué des autre casinos d’Amérique du Nord dès les débuts : seul casino au monde sur six étages, adoption de règles de jeu européennes, normes de sécurité et de surveillance hors de l’ordinaire, etc..Le succès a été instantané au point où il a fallu agrandir peu de temps après en lui adjoignant un autre ancien pavillon de l’Expo 67, celui du Québec. Mais depuis l’ouverture du Casino de Montréal, le phénomène des casinos en Amérique du Nord a connu un essor tout simplement remarquable. Lorsque le Casino de Montréal a ouvert ses portes, il y en avait environ 65. Aujourd’hui, leur nombre atteint presque 400. Et si je demandais à ceux qui lisent cet article où sont situés les plus gros casinos, la plupart répondraient à Las Vegas ou à Atlantic City. Pourtant, les deux plus gros casinos en Amérique du Nord sont situés dans le Connecticut, à quelques heures de Montréal. Le Casino de Montréal, dans son état actuel, ne fait plus le poids et est condamné à vivre principalement de la clientèle locale.

La solution logique est évidemment de bâtir un nouveau casino, plus moderne et mieux adapté à une clientèle touristique. Et il a été démontré, notamment à Las Vegas, que le jeu peut très bien vivre en harmonie avec les conventions et les spectacles. Mais ici au Québec, c’est sans compter sur les groupes de pression qui veulent refaire le débat de société du début des années 90. Et leurs arguments sont toujours les mêmes : les grandes villes à travers la planète n’ont pas de casino, les gens de Pointe-St-Charles vont devenir des joueurs compulsifs, la Ville de Montréal va devenir un gros ‘’bordel’’, les prêteurs sur gage vont faire fortune, mieux vaut mettre plus d’argent en santé, etc…

Le débat sur les casinos au Québec a eu lieu il y a une douzaine d’années et on ne change pas les règles du jeu lorsque la partie est jouée. Il y a un casino à Montréal et les chances sont qu’il ne fermera pas ses portes. Dans ce contexte, mieux vaut en avoir un nouveau, à la fine pointe de la technologie, qui pourra mieux remplir sa mission et attirer une clientèle touristique plus importante. Et en ce qui concerne la population de Pointe-St-Charles, il faut faire le tour de ce quartier pour réaliser que peu d’entre eux pourront se rendre à pied au nouveau casino à moins d`être des adeptes de la longue marche. En fait, le problème potentiel de jeu dans ce territoire est beaucoup plus relié au trop grand nombre d’appareils de loterie vidéo dans les bars qu’à l’arrivée d’un nouveau casino.

Le projet proposé par Loto-Québec est bien pensé et, fait important, il n’augmente pas l’offre globale de jeu.  Et il est totalement faux de dire que, si Loto-Québec ne construit pas un nouveau casino de un milliard de dollars, le gouvernement pourrait mettre ce montant dans la santé. C’est de la démagogie car non seulement le nouveau casino ne coûte rien aux payeurs de taxes mais il rapportera plus au gouvernement à moyen terme. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’histoires d’horreur reliées aux casinos. Mais ces histoires existeraient même sans casino à Montréal, l’appât du gain par le jeu faisant partie de la nature humaine.

Dans le monde d’aujourd’hui, il faut accepter que le jeu existe et que la très grande majorité des joueurs jouent pour leur plaisir. S’il n’y avait pas de casino à Montréal, il n’est pas dit que les joueurs dépenseraient moins. Il est évident qu’ils iraient ailleurs, ou dépenseraient plus dans les appareils de loterie vidéo, ou joueraient dans les casinos internet. Il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’il est préférable de les voir dans un casino moderne, bien structuré et où la surveillance et la sécurité, avec près de 1000 caméras et des centaines de gardiens, sont d’une efficacité sans pareil.

Et que dire de l’alliance avec le Cirque du Soleil, une entreprise de chez-nous reconnue pour ses prouesses à travers la planète, notamment à Las Vegas. En fait, quand je vais à Las Vegas, c’est beaucoup plus pour aller voir un ou plusieurs spectacles du Cirque et non pour aller jouer, même si j’aime l’atmosphère des casinos. Ce sera la même chose à Montréal : j’irai avec plaisir voir les spectacles du Cirque, sans nécessairement m’arrêter devant les machines à sous. Et si je m’y arrête, ce ne sera pas pour perdre ma paie.

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