NORTEL : L’INÉVITABLE S’EST PRODUIT

Quand j’étais tout jeune, les appareils téléphoniques dans les villages étaient aussi gros que les ordinateurs de table d’aujourd’hui. Sur le devant de ces appareil était inscrit en grosse lettres : ‘’The Northern Electric and Manufacturing Company Limited’’. C’était l’ancêtre du Nortel d’aujourd’hui. Cette entreprise, après avoir été partiellement la propriété de Bell Canada en 1949, en était devenue une filiale à part entière en 1964. Elle était reconnue pour son avant-gardisme et, en 1976, changea son nom pour Northern Telecom, vu son implication dans les télécommunications en général. S’en suivirent de belles années de croissance notamment dans le numérique où l’entreprise fit preuve d’une créativité peu commune allant même jusqu’à vendre des composantes numériques à des entreprises téléphoniques du Japon alors que l’inverse était la norme. L’implication de Northern Telecom dans l’internet en fit rapidement un leader mondial et sa réputation était sans tache. Après avoir à nouveau changé son nom pour celui plus simple de Nortel, l’entreprise se lança tête baissée dans le développement de la fibre optique. Presque seule dans ce domaine au début, l’avenir semblait s’annoncer sans nuage. Mais dans un domaine en croissance comme la fibre optique, on ne demeure pas longtemps seul dans la course. Arriva alors ce qui devait arriver : la compétition devint féroce en même temps que la bulle technologique commençait à prendre l’eau. Mais les investisseurs n’y voyaient que du feu et achetait du Nortel à la pelle. Bientôt, les actions de Nortel se transigèrent à plus de 100$ chacune, donnant à l’entreprise une valeur boursière totale de près de 400 milliards de dollars, ce qui était de la pure spéculation étant donné que l’entreprise ne faisait pas ou faisait peu de profit. Presque tous les investisseurs, petits comme gros, se devaient d’avoir du Nortel dans leur portefeuille pour ne pas passer pour des ignorants ou pour des gens qui ne savent pas reconnaitre une opportunité quand elle passe. Mais quand les actions de Nortel dégringolèrent à moins de 2$, ce sont surtout les petits investisseurs qui y laissèrent leur peau. C’était la première fois au Canada qu’on était témoin d’une telle débâcle. On ne peut certes pas blâmer Nortel pour l’éclatement de la bulle technologique puisque ce sont les investisseurs qui sont responsables de la montée fulgurante des actions. C’est l’espoir d’un gain rapide qui a causé cette folie. Mais les gestionnaires de Nortel sont responsables de la suite. Ils se sont mis à trafiquer les chiffres pour démontrer que l’entreprise demeurait en bonne posture pour rebondir, que ce n’était qu’une mauvaise passe. Pourtant, ces gestionnaires ne pouvaient faire autrement que de connaitre la situation réelle de Nortel puisqu’ils avaient le nez dans les chiffres. Les faux résultats se succédèrent pendant plusieurs années faisant de Nortel un géant aux pieds d’argiles et, du même coup, brisant la réputation de l’entreprise. Et dans un monde axé sur les communications, le plus important pour une entreprise demeure sa réputation. Et une fois la réputation de Nortel entachée par de fausses prévisions et de faux résultats, il était évident que l’inévitable se produirait un jour, à savoir la faillite ou la protection contre les créanciers car les clients avaient perdu confiance. Aujourd’hui, dans le monde entier, Nortel fait partie des crapules de la trempe des Enron et des autres faussaires financiers qui, par leur appétit du gain facile, ont fini par faire tomber ces géants autrefois légendaires. Nortel aura réussi à faire perdre de l’argent deux fois aux investisseurs, une première en créant de faux espoirs et une seconde par la fraude.

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