DÉFENDRE L’INDÉFENDABLE

Publié dans La Presse, le 6 décembre 2012 :

Il est normal pour un gouvernement de nommer à des postes stratégiques des alliés politiques, donc des gens qui pensent comme lui, de façon à ce que sa philosophie soit à la fois bien comprise et mise en pratique sans coup fourré.

C’est une façon de faire acceptée et même acceptable dans la plupart des cas, considérant que notre système politique a horreur de la neutralité. La seule condition est alors de s’assurer que la personne en question possède les qualités requises pour occuper le poste.

Plusieurs diront que toutes les nominations devraient être strictement faites au mérite, sans considération des allégeances politiques. Admettons que ce serait peut-être idéal, mais aussi trop demander à nos partis politiques, habitués qu’ils sont à remercier leurs amis.

Cela étant dit, il est aussi normal pour un parti politique dans l’opposition de crier au meurtre quand le parti au pouvoir prend des décisions purement partisanes, notamment lors de nominations politiques. C’est d’ailleurs le rôle de l’opposition de s’assurer que le gouvernement ne va pas trop loin dans cette façon de faire. Cela amène un équilibre permettant d’éviter les abus.

Au cours des années, c’est surtout le Parti libéral qui nous a habitués à ce genre de choses, le Parti québécois étant habituellement pas mal plus puriste à cet égard. Le Parti libéral a en effet toujours été le plus grand critique des nominations effectuées par le Parti québécois tout en étant lui-même le pire parti à nommer des gens strictement sur une base d’allégeance politique.

Le Parti québécois est maintenant en poste depuis trois mois. Durant cette période, Pauline Marois a certes pris des décisions contestables au début de son règne, ce qui est normal jusqu’à un certain point, considérant le nécessaire apprentissage du pouvoir. Elle a cependant eu cette sagesse, dans la plupart des cas, de reculer lorsqu’il était évident que la direction prise n’était pas la bonne.

Et cela m’amène au cas André Boisclair, nommé à la fois délégué général à New York et sous-ministre adjoint avec permanence d’emploi.

Nous sommes dans une période où, avec les révélations de la commission Charbonneau, nos politiciens doivent laver plus blanc que blanc, une période où il faut vraiment faire de la politique autrement. Et voilà que Pauline Marois joue à la cachette avec cette double nomination d’André Boisclair. Sa nomination comme délégué général à New York a pourtant été applaudie par presque tous les partis, ce qui est une rareté en soi. Pourquoi alors avoir gâché cette quasi-unanimité par une autre nomination simplement inacceptable, un geste que même les libéraux n’ont jamais osé faire?

Jean-François Lisée , un des membres les plus influents du gouvernement Marois, a certes perdu sa virginité politique en essayant de défendre l’indéfendable avec des arguments qui ne tiennent pas la route. Il est évident que, dans ce dossier, le gouvernement s’est fait prendre les culottes à terre et ce n’est pas avec des arguments bassement politiques qu’il va regagner la confiance des citoyens.

Rarement y aura-t-il eu une telle unanimité dans les cercles non politiques pour critiquer cette décision du Parti québécois. Pauline Marois, en tant que première femme premier ministre, bénéficie d’un capital de sympathie qu’elle n’a pas à gaspiller avec de telles politicailleries.

Si c’est cela faire de la politique autrement, alors je m’inscris en faux.

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