UN ÉLECTROCHOC APPELÉ UBER

Publié dans La Presse+, le 16 février 2016 – Que peuvent bien avoir en commun les typographes, les musiciens et les chauffeurs de taxi ? Plus qu’on peut le penser, considérant leur opposition féroce vis-à-vis les changements qui ont affecté ou qui affectent leur industrie.

Tout d’abord, après avoir été les rois incontestés de la production de journaux pendant des siècles, les typographes étaient déterminés à ce que la révolution informatique, suivie de la révolution numérique, ne les affecte pas. Ils ont, surtout dans les années 60 et 70, fait des grèves historiques afin de conserver leurs prérogatives. Mais, malgré les pleurs et les grincements de dents, le métier de typographe n’existe plus, victime d’un changement historique que rien n’a pu empêcher.

Quant aux musiciens, ils ont lancé des hauts cris lorsque, au début des années 2000, Napster connut un immense succès avec le téléchargement gratuit de musique. Malgré les nombreuses poursuites et les lois adoptées un peu partout pour protéger les droits d’auteur, le téléchargement de la musique est devenu en quelques années seulement la norme et non plus l’exception. Et, en fin de compte, tout le monde y a trouvé son compte. Je pourrais parler aussi des libraires et du téléchargement des livres, ou encore des hôteliers et d’Airbnb. Ces industries savent maintenant que la seule solution est de s’adapter.

Cela m’amène au taxi, une industrie ancrée dans un statu quo que l’on acceptait parce qu’il n’y avait pas d’alternative. À Montréal, j’utilise le taxi de façon régulière et je dois souvent demander au chauffeur d’avancer son siège parce qu’il n’y a pas assez d’espace pour mes jambes à l’arrière, de baisser le son de la radio ou de monter sa fenêtre parce qu’on gèle. Pire encore, le chauffeur refuse souvent d’accepter une carte de crédit, et, s’il accepte, il me fait savoir son insatisfaction par un regard impatient. Même chose lorsqu’il s’agit d’un trajet trop court à son goût.

Et que dire de ces chauffeurs qui parlent sans arrêt sur leur cellulaire, ou encore qui ne connaissent pas les rues de la ville ou ne savent pas comment me conduire à destination. Finalement, il y a ces chauffeurs dont le véhicule est tellement endommagé que les amortisseurs me donnent mal au dos chaque fois qu’on passe sur un nid-de-poule.

S’ADAPTER OU MOURIR

C’est dans ce contexte que l’électrochoc Uber est arrivé. Avec l’industrie traditionnelle du taxi, l’expression « satisfaction du client » n’existe même pas, alors qu’Uber en a fait sa règle de base. Uber est le Napster de l’industrie du taxi : ou il révolutionnera cette industrie, ou il ouvrira la voie à d’autres qui le feront par la suite.

Mais l’industrie telle qu’on la connaît aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une espèce qui doit s’adapter pour éviter de crever.

Les chauffeurs de taxi traditionnels ont donc deux grosses côtes à remonter pour demeurer dans la course. La première est de mettre le client au centre de leurs préoccupations et la seconde est de s’adapter au monde numérique. En fait, la seule façon qu’ils ont de battre Uber est de faire mieux que cette dernière, et non de bloquer les routes ou d’enclencher des actions légales. Ça, c’est prendre la route des typographes.

Alexandre Taillefer a bien compris ce phénomène en développant un concept qui va encore plus loin qu’Uber. Téo Taxi vise 2000 taxis électriques d’ici quelques années, avec des chauffeurs payés un minimum de 15 $ l’heure, plus les avantages marginaux normaux. Alexandre croit tellement en son concept qu’il prédit la fin d’Uber à Montréal d’ici cinq ans. Et, connaissant Alexandre, je suis persuadé qu’il va réussir.

L’industrie du taxi a de tout temps résisté aux changements. L’important n’était pas de bien servir le client, mais plutôt de maximiser le prix de revente de leur permis dont la valeur représente souvent leur seul fonds de pension. Ce faisant, ils ont oublié l’essentiel de leur métier. Mais Uber vient de le leur rappeler à la dure.

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