LA COMMISSION ROBILLARD EST DANS LES PATATES

Publié dans La Presse+, le 1 septembre 2015 – Quand j’ai pris connaissance de la section du rapport de la commission Robillard concernant la SAQ, je me suis dit qu’il n’était pas possible qu’une commission le moindrement sérieuse soit tombée dans le piège de comparer des pommes avec des patates.

La conclusion à laquelle la Commission est arrivée ? « Il faut un grand ménage à la SAQ puisque ses frais d’administration sont de 21 % alors que ceux de la LCBO (l’équivalent ontarien de la SAQ) sont de 16 % ».

Cela fait évidemment de belles manchettes, mais la commission Robillard aurait dû suivre un cours de commerce 101 et faire son calcul en tenant compte de données publiques que la SAQ aurait certes été en mesure de lui fournir.

La Commission aurait alors réalisé la différence fondamentale qui existe entre la variété de produits de la SAQ et celles de tous les autres monopoles de ventes de boissons alcoolisées, canadiens ou américains, avec lesquelles elle a établi une comparaison.

Voici ce que la commission Robillard aurait dû prendre en considération :

1 – La LCBO vend près de 25 % de toute la bière vendue en Ontario alors qu’au Québec, la bière est vendue essentiellement dans les épiceries. Et comme la bière est un produit « libre-service » qui ne requiert pas ou peu de service à la clientèle, les frais d’administration sur ce produit sont minimes et viennent, par voie de conséquence, diminuer sensiblement la moyenne des frais d’administration globaux de la LCBO.

2 – Les spiritueux sont des produits semblables à la bière en ce sens qu’ils exigent peu ou pas de service à la clientèle en magasin. Ce sont donc eux aussi des produits « libre-service » qui ne changent pas avec le temps. Il est alors évident que les frais d’administration sont minimes pour les spiritueux comme pour la bière, ce qui a également une influence déterminante sur l’ensemble des frais. Pourquoi ? Simplement parce que les spiritueux représentent quelque 50 % des ventes de la LCBO alors que pour la SAQ, ce pourcentage n’est que d’environ 17 %.

3 – Quant aux vins, nous sommes en face d’un produit beaucoup plus vivant, qui change continuellement à cause des millésimes, des cépages, des appellations, du climat, de l’origine, etc. La vente du vin exige des conseillers compétents qui sont en mesure de servir adéquatement des consommateurs qui sont de plus en plus de vrais connaisseurs. Il est donc évident que les frais d’administration, exprimés en pourcentage, sont beaucoup plus importants pour le vin que pour la bière ou les spiritueux. Et cela ne prend même pas en considération le fait que le prix de vente moyen d’une bouteille de vin (16 $) est près de la moitié moins que celui d’une bouteille de spiritueux (30 $). Cela signifie qu’il faut entreposer et vendre deux fois plus de bouteilles de vin que de bouteilles de spiritueux pour en arriver aux mêmes ventes en dollars. Et que représentent les vins à la SAQ ? 83 % des ventes totales !

FACILE À COMPRENDRE

Il est évident que la LCBO, du fait qu’elle effectue plus des deux tiers de ses ventes nettes avec la bière et les spiritueux – des produits dits « libre-service » – va avoir des frais d’administration beaucoup plus bas que ceux de la SAQ, dont les ventes sont constituées de vins à 83 %, des produits qui nécessitent beaucoup plus de frais d’entreposage et de vente. Facile à comprendre pour qui s’en donne la peine, ce que, de toute évidence, la commission Robillard n’a pas fait.

Si elle l’avait fait correctement, elle aurait constaté que la performance de la SAQ se compare avantageusement à celle de la LCBO et à celles de tous les autres monopoles nord-américains.

La commission Robillard est vraiment dans les patates en ce qui concerne la SAQ.

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