GOUVERNER À VUE

Publié dans La Presse, le 27 mai 2013 :

Je n’ai jamais été d’accord avec toutes les politiques instaurées par le gouvernement libéral de Jean Charest. Mais il y a une chose que je me dois d’admettre : c’était un gouvernement prévisible, c’est-à-dire un gouvernement qui avait un fil conducteur enrobant l’ensemble de ses actions, de ses orientations et de ses politiques.

Rarement a-t-on vu ce gouvernement faire un virage à 180 degrés (même si parfois ç’aurait été la bonne chose à faire). C’était là un élément important non seulement pour le monde des affaires, mais aussi pour la population en général qui aime bien prévoir ce que son gouvernement fera. Pour les citoyens en général, mieux vaut pas de surprise qu’une mauvaise surprise, ou encore qu’une surprise tout court.

Cet aspect de la prévisibilité doit s’appliquer à tous les gouvernements, autant ceux plus à gauche que ceux plus à droite, car personne n’aime les vire-capot, personne n’aime qu’un gouvernement dise une chose et fasse son contraire.

En principe, je préfère voir un gouvernement faire une chose que je n’aime pas, mais qui fait partie de son programme, que voir un gouvernement faire quelque chose que j’aime, mais à laquelle je ne m’attends absolument pas parce que c’est contraire à son orientation.

Et j’en arrive aux actions du Parti québécois depuis qu’il a pris le pouvoir. Sa principale caractéristique est son imprévisibilité. Un jour, il tourne à droite, le lendemain, il tourne à gauche. J’ai cette impression que la dernière personne qui parle à Pauline Marois est celle qui remporte la mise, que chaque action est individuelle sans faire partie d’un tout. La première ministre est vraiment difficile à suivre, car elle agit encore comme si elle était dans l’opposition, c’est-à-dire en tirant sur tout ce qui bouge comme le ferait une sentinelle.

Un jour, elle donne aux étudiants plus que ce qu’ils ne demandent pour se rendre compte, le lendemain, qu’elle n’a plus d’argent pour les garderies et qu’elle doit alors leur couper plusieurs millions. Un autre jour, elle promet de doubler les redevances minières pour se rendre compte que c’est impossible et qu’elle doit alors serrer la vis aux assistés sociaux pour compenser en partie le manque à gagner qui en découle. Même les plus chauds partisans de Pauline Marois sont dans l’obligation d’admettre que le nombre de reculs effectués depuis les élections est inacceptable en politique.

De plus, il est évident que Pauline Marois aime prendre des décisions rapides pour démontrer qu’elle est en contrôle et qu’elle peut agir rapidement, ce qui, en principe, est une bonne chose. Mais encore faut-il que les décisions prises soient les bonnes, qu’elles aient été bien pensées et bien analysées. Et l’on sait que, la plupart du temps, elle a été obligée d’ajuster le tir, justement parce que les décisions en question étaient mauvaises, ou, encore, que les politiques mises en place créaient plus de problèmes parce qu’on n’en avait pas prévu toutes les conséquences.

Le meilleur exemple est certes la loi 1, qui modifie la loi sur les contrats des organismes publics. Il s’agit d’une loi nécessaire dans les circonstances actuelles, une loi qui, il faut l’admettre, exigeait un certain courage politique. Mais quoiqu’il s’agisse d’une loi exemplaire sur papier, elle va tellement loin qu’elle finit par créer plus de problèmes qu’elle n’en résout. Le problème de base vient de la vitesse avec laquelle le gouvernement a voulu voter cette loi pour démontrer l’importance qu’il portait à éliminer la collusion et la corruption dans l’industrie de la construction.

Si, au lieu de gouverner à vue, le gouvernement de Pauline Marois prenait le temps nécessaire pour analyser en profondeur les conséquences des différentes lois qu’il veut faire adopter, il s’éviterait bien des troubles. Pauline Marois a des qualités que Jean Charest n’avait pas, mais elle a aussi des défauts que Jean Charest n’avait pas. La prévisibilité de ses actions s’inscrit certes à ce niveau.

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