IL SE FAIT TARD POUR MONTRÉAL

Publié dans La Presse, le 29 avril 2013 :

Pour commencer mon texte, je voulais trouver un qualificatif pour décrire le Montréal d’aujourd’hui. J’ai hésité entre: autruche, imbécile, innocent, aveugle, collusion, tricherie, vols, manigances, mafia, sacs bruns, 3%, pots de vin, alouette, et autres expressions semblables. J’ai fini par trouver «Pauvre Montréal, peux-tu encore en prendre?»

En fait, il se fait tard pour Montréal. Les élections auront lieu dans six mois et il est important que ces élections sonnent le début d’un temps nouveau, le début d’un renouveau nécessaire et salutaire pour éviter le pire. Mais, malheureusement, ça ne semble pas trop bien parti.

Prenons les candidats en présence. Il y a tout d’abord Louise Harel. D’emblée, j’admets ne l’avoir jamais rencontrée. Mais pour des raisons que j’ignore, je ne la vois pas comme maire de Montréal. Malgré son éloquente feuille de route, son sens critique qui amène des solutions constructives, je suis incapable de dire pourquoi. Il s’agit certes d’une très bonne personne, certainement plus honnête que ceux qui l’ont précédée. Mais j’ai beau essayer d’imaginer Louise Harel comme maire et je n’y arrive tout simplement pas. Mon cerveau refuse même de considérer cette alternative.

Il y a ensuite Richard Bergeron. J’ai rencontré ce dernier une seule fois et j’ai eu alors l’opportunité d’avoir une bonne discussion informelle avec lui. Et après cette discussion, je n’avais aucune idée à qui j’avais affaire. Tout ce que j’ai retenu, c’est qu’il est anti-autos au point d’en faire une maladie. Les boutons lui poussent dans le visage. Et quand il aborde certains projets qui lui tiennent à coeur, tout devient un immense imbroglio impossible à cerner. Les responsabilités du gouvernement du Québec s’entremêlent à celles de la Ville de Montréal. Même chose pour les finances où tout se retrouve dans le même pot.

Richard Bergeron est peut-être un excellent responsable de l’aménagement, mais je ne lui confierais pas la direction financière d’un dépanneur, encore moins celle de la Ville de Montréal. Il m’a donné l’impression d’un grand théoricien qui n’a aucune idée du comment gérer une grande ville.

Ensuite, il y a les candidats «peut-être». Parmi eux, Denis Coderre est le plus probable. Le seul fait qu’il n’ait jamais trainé dans les corridors de l’hôtel de ville est une bonne chose dans les circonstances. Au moins, c’est du sang neuf même si Denis Coderre a les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités. Politiquement, il sait patiner de l’avant et de reculons. Mais serait-il le Régis Labeaume de Montréal? Impossible de le dire sans l’essayer, et il y a évidemment un risque à l’essayer. À mon avis, Denis Coderre ferait un meilleur maire que Louise Harel ou Richard Bergeron.

Il reste la possibilité qu’un Jean Drapeau, version 2013, se lève, devienne candidat et prenne le taureau par les cornes en bottant le derrière à tous ceux qui, de près ou de loin, oseraient l’empêcher de changer fondamentalement cette belle ville qu’est Montréal, quelqu’un qui lui redonnerait son lustre d’antan, quelqu’un à qui les gouvernements de Québec et d’Ottawa n’oseraient pas dire non par crainte d’en subir les conséquences.

Fort probable qu’une telle personne n’existe pas ou, si elle existe, qu’elle ne veuille pas aller s’empêtrer dans cette basse-cour politique que le Québec est devenu. Mais, au moins, laissez-moi rêver…

Laisser un commentaire

Copyright © 2017 · Tous droits réservés · Gaétan Frigon