JE ME SOUVIENS DU «GROS BILL»

Publié dans La Presse, le 4 décembre 2014

Jean Béliveau n’est plus. Celui que les gens appelaient avec affection le «Gros Bill» était une force de la nature à tous les points de vue. Il me laisse des souvenirs impérissables.

Dans mon village natal de Saint-Prosper-de-Champlain, situé entre Québec et Montréal, nous avions deux clubs fétiches au début des années 50. Le premier, c’était les As de Québec de la Ligue de hockey sénior du Québec, parce que ce club avait Jean Béliveau, un grand joueur élégant qui flottait littéralement sur la glace. Il était tellement populaire qu’on disait qu’il avait payé à lui seul le «nouveau» Colisée de Québec. Le second club, c’était le Canadien de Montréal de la Ligue nationale de hockey, parce que ce club avait Maurice Richard, un félin aux yeux perçants. Notre coeur balançait entre ces deux clubs, même si on savait fort bien que le Canadien, c’était le vrai club. Mais Québec avait le «Gros Bill».

Le roi

Je me souviens du «Gros Bill» qui a longtemps résisté à Frank Selke, le directeur général du Canadien, qui avait les droits professionnels sur lui. Selke avait dû attendre deux ans avant que Béliveau n’accepte de quitter Québec pour aller jouer à Montréal. Il faut dire que Béliveau était le «roi» de Québec et gagnait déjà plus avec les As que la grande majorité des joueurs de la Ligue nationale. Et Béliveau aimait tellement Québec qu’il ne voulait pas décevoir ses partisans.

Je me souviens du «Gros Bill» lorsqu’il a joué ses premières parties d’essai avec le Canadien en 1952. Il compta trois buts contre les Rangers de New York et deux autres contre les Bruins de Boston.

Je me souviens du «Gros Bill» lorsqu’il a signé son premier contrat professionnel avec le Canadien de Montréal, un pactole de 100 000$ pour 5 ans, 20 000$ par saison. Et c’était tout un salaire pour un joueur de hockey à ce moment-là.

Je me souviens du «Gros Bill», le joueur gentilhomme qui répliquait parfois aux joueurs adverses avec des coups bas. S’il se faisait prendre et avait une punition, c’était parce que l’arbitre était pourri, qu’il n’avait pas vu que c’était le joueur adverse qui avait commencé. Et s’il ne se faisait pas prendre, alors là, c’était parce que l’arbitre avait bien compris.

Je me souviens du «Gros Bill» lorsqu’il a compté un de ses buts mémorables en descendant à toute vitesse la patinoire du côté droit. C’est alors qu’il fit une feinte pour laisser croire qu’il passerait devant le gardien, mais, à la dernière seconde, envoya ce dernier «prendre une tasse de café» en marquant un superbe but à la droite du gardien après une autre magistrale feinte. Le tout sembla si facile….

Je me souviens du «Gros Bill» chaque fois que, en tant que capitaine de l’équipe, il soulevait la Coupe Stanley après des séries éliminatoires excitantes.

Je me souviens du «Gros Bill», au début des années 2000, longtemps après sa retraite, alors que j’avais mes billets de saison au Centre Bell, immédiatement à l’arrière des siens. En arrivant à son siège, il nous saluait tous individuellement comme si nous étions de la famille. Et, avant le début de la partie, entre les périodes et à la fin, il prenait le temps de signer des autographes. Jamais impatient, et avec un bon mot pour chacun, tant les jeunes qui ne l’avaient jamais vu jouer que les plus vieux.

C’est ce Jean Béliveau dont je me souviens.

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