LA PUBLICITÉ QUÉBÉCOISE EN DANGER

Publié dans La Presse, le 10 mars 2014:

Un rapide tour d’horizon de la situation qui prévaut aujourd’hui dans l’industrie de la publicité au Québec est à faire frémir d’inquiétude. D’une part, de nombreuses agences majeures, d’origine francophone, sont maintenant de propriété étrangère. Ça semble être une tendance lourde.

Parmi elles se trouvent PALM, PNMD, BOS, BCP, Cossette, Allard et j’en oublie. Quant aux grandes agences encore à propriété québécoise ou majoritairement québécoise, elles deviennent de plus en plus des succursales et doivent souvent se limiter à des traductions ou à des adaptations de publicités anglophones plutôt que faire des créations originales.

Sur le plan publicitaire, on en est rendu à considérer à nouveau le Québec comme un vulgaire territoire parlant français. C’est presque un retour en arrière, à la période d’avant Jacques Bouchard (le fondateur de BCP et grand manitou de la créativité québécoise) quand toute la publicité francophone n’était qu’une traduction de l’anglais.

Ce n’est certes pas par manque de compétence des agences québécoises, mais plutôt par des décisions corporatives des clients majeurs d’y aller par la voie la plus facile, la voie de la centralisation à Toronto. La créativité québécoise en prend ainsi tout un coup.

D’autre part, j’ai été consterné de voir le nombre grandissant de clients nationaux qui délaissent des agences montréalaises pour se tourner uniquement vers des agences torontoises. Une simple recherche me démontre que, au cours des derniers mois seulement, des entreprises comme Rogers, Air Canada, Honda, Molson et Bell ont délaissé Montréal alors que d’autres comme L’Oréal, Labatt, Ford et Coca-Cola ont centralisé leur placement média à Toronto. Ces clients disent toujours que ces décisions n’ont rien à voir avec la qualité du travail effectué au Québec. Mais ils déménagent quand même.

Finalement, Sid Lee (anciennement Diesel) est devenu au fil des ans la plus grosse agence de publicité au Québec, surpassant les Cossette et BCP, qui ont longtemps régné au sommet. Sid Lee a atteint ce niveau grâce à sa créativité reconnue, mais aussi grâce à un financement obtenu de la Caisse de dépôt et à des subventions gouvernementales allant jusqu’à 15 000 $ par employé.

Les subventions en question lui ont été versées en fonction des programmes gouvernementaux de création d’emplois dans les technologies internet. Cela a fait des jaloux dans le milieu, considérant que les autres agences traditionnelles ne bénéficiaient pas des mêmes avantages financiers. Ces dernières se plaignent de ne plus être en mesure d’obtenir des contrats publicitaires gouvernementaux du fait que Sid Lee les rafle presque tous.

Considérant tous ces facteurs, il m’apparait évident que le futur s’annonce sombre pour la grande majorité des autres agences québécoises, qui doivent composer avec une tarte qui ne cesse de rapetisser et avec une diminution sensible des mandats gouvernementaux.

La créativité québécoise a trop fait ses preuves dans le passé pour être reléguée à un tel rôle secondaire, dans un espace stratégique de plus en plus petit. La publicité québécoise est sérieusement en danger, pour ne pas dire une espèce en voie de disparition. Il est temps de sonner l’alarme.

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