PHILIPPE COUILLARD PEUT-IL S’IMPOSER?

Publié dans La Presse, le 10 février 2013 :

Il arrive parfois qu’un bon numéro 2 ne fasse pas nécessairement un bon numéro 1. Aujourd’hui, plusieurs se posent la question, à savoir si Philippe Couillard ne serait pas dans cette catégorie. Et force est d’admettre que la première impression qu’il a créée comme chef de l’opposition est loin d’être probante.

C’est toutefois possible pour lui de corriger la situation et l’exemple de Pauline Marois me vient en tête. Elle a été longtemps la numéro 2 et, après être devenue la numéro 1, elle a commis erreur après erreur, son gouvernement ne semblant pas avoir de gouvernail. Il semblait qu’elle était incapable de passer d’une excellente numéro 2 à une excellente numéro 1.

Cependant, depuis la tragédie de Lac-Mégantic, elle a repris les choses en mains et, aujourd’hui, elle donne des leçons de cohésion, pour ne pas dire de politique 101, à chacun de ses adversaires. Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec ses politiques pour constater qu’elle a son gouvernement bien en main et qu’elle en contrôle l’agenda avec doigté.

Quant à Philippe Couillard, il a démontré, lorsqu’il était ministre de la Santé, un contrôle parfois entêté des dossiers le concernant. L’exemple du CHUM me vient en tête. Alors qu’un large consensus était en place pour que le futur CHUM soit construit sur un terrain vacant à Outremont, Philippe Couillard a plutôt choisi le site de l’hôpital Saint-Luc, un hôpital où, soit dit en passant, il avait été neurochirurgien en chef.

M. Couillard a été non seulement contre le consensus en question, mais aussi contre son propre chef, Jean Charest qui, lui aussi, favorisait le site d’Outremont. M. Charest se serait alors rangé derrière son ministre pour éviter une démission, ce qui, dans les circonstances, aurait été néfaste pour le PLQ. C’est à ce moment que le côté sans compromis de Philippe Couillard est apparu.

Aujourd’hui, Philippe Couillard est chef du PLQ et, en tant que tel, il a été appelé à prendre position sur le projet de la charte de la laïcité. Alors que le PQ prenait une position populiste, facilement explicable et défendable, Philippe Couillard prenait une position légaliste, difficilement explicable et défendable. Il n’a pas réalisé que le commun des mortels n’a rien à foutre de la position du Barreau ou de celle de la Fédération de ceci ou la Fédération de cela.

Loin de moi l’idée de dire que la position du PQ est meilleure que celle du PLQ au sujet de cette Charte de la laïcité, mais elle a au moins l’avantage de la clarté.

Le débat sur la Charte est bien plus une question politique qu’une question de droit. À ce stade-ci, le PQ se fiche probablement du fait que cette fameuse charte soit un jour votée par l’Assemblée nationale ou qu’elle soit éventuellement contestée devant les tribunaux, pourvu qu’il remporte les prochaines élections avec un gouvernement majoritaire.

Tout ce que Philippe Couillard a réussi à faire est de jouer le jeu du PQ. En tant que neurochirurgien, Philippe Couillard est, dans sa façon de penser, d’analyser, de décider et de mettre en place ses dossiers, une personne cartésienne qui laisse peu de place aux émotions. Cela a certes été une grande qualité quand il était ministre de la Santé, mais ça l’est moins pour un chef de parti qui aspire à devenir premier ministre.

Philippe Couillard va devoir prouver rapidement qu’il maîtrise l’art de la politique. Il doit démontrer que la barre entre être un excellent numéro 2 et devenir un excellent numéro 1 n’est pas trop haute. Et il va devoir agir vite.

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