PKP DEVANT SES DÉMONS

Publié dans La Presse +, le 25 mai 2015

Pierre Karl Péladeau (PKP) est maintenant le nouveau chef du Parti québécois (PQ). Et, de toute évidence, sa route sera juchée d’embûches, car il y a une énorme différence entre convaincre les gens de son parti et convaincre la population en général. Il devra affronter ses démons, dont l’un des pires demeure l’acceptation de la critique. Il devra aussi démontrer qu’il n’a plus d’influence sur ce que Québecor fait ou dit.

Dire que le PQ était à la recherche d’un sauveur à la suite de la pire défaite de son histoire ne fait aucun doute. Et dire que PKP représentait pour une grande majorité de péquistes rien de moins que ce sauveur ne fait pas de doute non plus. En fait, les péquistes se devaient de choisir entre élire un chef qui provenait du milieu de la politique, avec tout ce que cela implique, ou y aller avec « le » sauveur PKP qui provenait du milieu des affaires avec une réputation surfaite selon certains. Avec PKP, le risque est évident : il frappera un coup de circuit ou sera rapidement retiré sur trois prises. C’est ce risque que les péquistes ont décidé de prendre.

En fait, le pire démon de PKP concerne son ego et ses réactions quand une nouvelle ne lui plaît pas.

Il a toujours été un compétiteur féroce qui a fait une guerre sans merci aux Transcontinental, Bell, Power et Radio-Canada de ce monde quand il était à la tête de Québecor. C’était normal dans le temps, mais ça ne l’est plus aujourd’hui. Ces entreprises ne doivent plus être considérées comme des adversaires, mais comme des partenaires.

Il faut se rendre à l’évidence qu’il y a encore beaucoup de Québecor dans les tripes de PKP et il va devoir se débarrasser très vite du « syndrome du compétiteur » lorsqu’un média sort une nouvelle qu’il n’aime pas. À titre d’exemple, si CROP publie un sondage qui lui est défavorable ou défavorable au PQ, comme cela est arrivé dans le passé, sa réaction est inévitablement du genre « on sait bien, ça vient de La Presse ». Il laisse ainsi sous-entendre que ce quotidien ou ses journalistes ont un parti pris.

PKP devra apprendre que des journaux ou des réseaux qui n’appartiennent pas à l’empire Québecor, sont capables, au moins autant que Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec ou le réseau TVA, d’exprimer un point de vue d’une façon sensée et crédible. Ou d’analyser les résultats d’un sondage sans se faire accuser indirectement de favoriser un parti autre que le PQ.

S’ADRESSER À TOUS LES QUÉBÉCOIS

Pendant les quelques années qui restent avant les prochaines élections, la population en général va regarder PKP de près, analyser ses contradictions et, surtout, se faire une idée sur sa capacité à devenir éventuellement le premier ministre de tous les Québécois.

On pardonne assez facilement à un politicien de s’attaquer à un adversaire politique, car cela fait partie du jeu politique. Mais on pardonnera moins quand les attaques s’adresseront à des compétiteurs de Québecor, car cela démontrera une incapacité à passer du monde des affaires au monde de la politique. Ces deux mondes ont des exigences pas mal différentes.

Même si j’ai encore certains doutes sur la capacité de PKP à effectuer ce virage nécessaire étant donné sa propension à se tirer dans le pied et à se venger, j’espère encore qu’il va réussir, car le Québec a bien besoin d’un politicien qui sait compter et qui n’a peur de personne.

Je souhaite fortement qu’il frappe un circuit et non qu’il soit retiré sur trois prises.

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