UN PONT À TADOUSSAC : UNE NÉCESSITÉ ÉCONOMIQUE

Publié dans Le Quotidien, le 26 septembre 2012 :

L’auteur, Gaétan Frigon, est l’ex-PDG de la Société des alcools du Québec et de Loto-Québec. Il est actuellement président exécutif de Publipage inc. Dans cette lettre ouverte, il milite en faveur de la construction d’un pont entre Tadoussac et Baie Sainte-Catherine afin de soutenir le développement économique de la Côte-Nord et d’absorber les retombées du Plan Nord.

J’ai profité d’un voyage à Tadoussac, il y a quelques semaines, pour prendre le pouls de cette belle région, porte d’entrée de la Côte-Nord, mais aussi celle du Plan Nord. Comme ma dernière visite dans cette belle municipalité datait de 15 ans, j’avais oublié que la route 138, la deuxième plus longue au Québec avec ses 1400 kilomètres, s’arrête à Baie-Sainte-Catherine et qu’il faut alors prendre un traversier pour franchir la rivière Saguenay, un trajet de dix minutes sur 1,5 km.

C’était un vendredi après-midi et, en arrivant du côté de Tadoussac, quelle ne fut pas ma surprise de voir sur la route 138 deux rangées d’autos et de camions, à perte de vue, qui attendaient pour prendre le traversier. Une attente de plus de deux heures. Pour mon propre retour vers Montréal, le dimanche suivant, j’ai dû quitter mon hôtel très tôt pour éviter la cohue. Sur ma route, j’ai croisé des douzaines de camions qui s’en allaient évidemment vers la Côte-Nord et qui devaient attendre pour prendre le traversier, pour ensuite traverser la municipalité de Tadoussac.

C’est là que le bât blesse : le Plan Nord s’en vient à grands pas, et autant les automobilistes que les camionneurs vont vivre un enfer d’attente pour le traversier, autant les habitants de Tadoussac vont vivre un enfer de bruit avec tous ces camions qui doivent monter une côte à basse vitesse en sortant du traversier. Tout simplement aberrant, considérant qu’il est prévu que le nombre de ces mastodontes doublera d’ici quelques années.

Il n’y a évidemment qu’une solution pour régler ce problème de fond. Ça prend un pont qui pourrait être un peu plus au nord de l’embouchure de la rivière. Ensuite, ça prend une route de contournement pour éviter que tout ce monde ait à passer en plein coeur de Tadoussac. Cela semble d’une logique implacable, mais il y a beaucoup de contraintes à éliminer avant que cela ne puisse arriver.

Au niveau du gouvernement du Québec, ça prend une volonté d’agir et de l’argent qui n’est pas nécessairement au rendez-vous. Au niveau local, ça prend des élus qui sont prêts à porter le flambeau. Croyez-moi, c’est loin d’être le cas.

À ma grande surprise, j’ai réalisé que le maire de Tadoussac s’oppose à la construction d’un pont parce que le traversier crée des emplois. Il s’oppose aussi à la voie de contournement de la route 138 parce que moins de monde pourrait s’arrêter dans sa municipalité.

Toutefois, il m’est apparu évident qu’il y a maintenant des forces vives, tant à Tadoussac que dans les municipalités environnantes, qui sont prêtes à mettre de côté leur vision à court terme et à voir plus loin pour qu’ils puissent profiter à plein d’un important développement économique tout en améliorant l’attrait touristique par l’élimination du bruit le long de la route 138.

Toutes ces personnes savent très bien que les baleines ne quitteront pas leur endroit de prédilection à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saguenay. Les touristes continueront d’y affluer. La grande différence tient au fait que les touristes pourront venir en plus grand nombre, considérant qu’il n’y aurait plus autant de bruit près des hôtels et auberges qui les hébergent. Un peu d’ouverture!

Quant au gouvernement du Québec, il pourrait ressortir les études réalisées en 1999 sur la faisabilité de bâtir un pont entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac. Le fait que la circonscription de Pauline Marois est voisine devrait peut-être aider à réaliser cet objectif.

Commentaires
2 réponses “UN PONT À TADOUSSAC : UNE NÉCESSITÉ ÉCONOMIQUE”
  1. Gabriel Lemieux dit :

    Vous avez bien raison M. Frigon. Malgré l’opposition du maire de Tadoussac, plusieurs maires et mairesses (par exemple celle de Forestville) de la côte-nord militent en faveur de la construction d’un pont. Ayant discuté avec certains intervenants dans le dossier, j’ai su qu’il y a un très gros obstacle, en plus de ceux-ci énumérés: La Société des traversiers du Québec. En effet, elle s’est portée acquéreur de nouveaux traversiers, plus gros (110 places au lieu de 75) pour réduire les délais d’attentes et ce, à un coût de 400 M$. Il est totalement incohérent d’investir dans un service tel que les traversiers par apport à la construction d’un pont qui, certes, coûterait plus cher à court terme, mais qui aurait une vie utile plus longue que ceux-ci (sachant qu’un traversier a une vie utile de 25 ans en moyenne dû à l’eau salé) et un meilleur rendement pour les véhicules et camions.

    Le MTQ et le fédéral souhaite construire un lien entre Terre-Neuve et le Québec pour faciliter le transport par camion via la 138. Sachant que le débit routier augmentera de façon significative, que sera la solution du gouvernement pour régler le problème de circulation à la traverse de Tadoussac?

    Bien des questions, peu de réponses et bien des déceptions,

  2. Yves Capuano dit :

    Monsieur Frigon,

    Bravo pour votre article! Vous faites bien le tour de la question. Il est totalement absurde de parler de plan nord sans construire ce pont. Même sans plan nord, ce pont est un incontournable pour la gestion du trafic actuel sur la 138. Comme économiste j’ai écrit au MTQ et je leur ai envoyé plusieurs propositions pour compléter notre réseau routier. Une de mes propositions était ce pont. Malheureusement, on tente de nous faire avaler la couleuvre que les bateaux sont plus rentables à court terme. Corruption ? Fort possible… Comme le dit très bien l’autre intervenant, le MTQ discute avec Terre-Neuve à propos de la construction d’un lien terrestre entre Terre-Neuve et le Labrador, donc le Québec. Il s’agit en soi d’une excellente nouvelle. Cependant la non construction du pont de Tadoussac n’en serait que plus absurde. J’espère que le gouvernement du Québec va finir par comprendre l’importance du réseau routier pour la productivité nationale. Le développement économique d’un pays passe principalement par sa politique industrielle et par ses investissements en infrastructures de transport.

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