UNE RÉVOLUTION PERPÉTUELLE

Publié dans La Presse, le 16 juin 2014.

Ceux qui pensent qu’on a maintenant tout vu dans les changements profonds qui affectent le commerce de détail peuvent aller se rhabiller. Ça ne fait que commencer avec, cette fois, comme toile de fond, la révolution internet. Alors que les gens de ma génération et de celle qui a suivi ont dû s’adapter à l’internet, les gens des nouvelles générations sont nés avec l’internet et il n’est pas question pour eux de magasiner de la même manière que leurs ainés.

Il n’y a pas encore si longtemps, le commerce de détail était relativement simple. Les épiciers vendaient de l’alimentation, les pharmaciens vendaient des médicaments, les quincailliers vendaient de la quincaillerie, etc. Chacun avait pignon sur rue, respectait le territoire de l’autre et tirait son épingle du jeu en faisant bien ce qu’il avait à faire. Il n’y avait rien de compliqué et tout ce beau monde se pensait éternel sans réaliser la nécessité de s’adapter.

Pourtant, à partir des années 60, avec le développement accéléré des banlieues, l’arrivée des centres commerciaux a tout chambardé. Le commerce de détail s’est mis à changer à une vitesse folle. Ce fut d’abord l’apogée des Steinberg et des Dominion qui prirent la place des « épiciers du coin », lesquels avaient fait la pluie et le beau temps pendant des décennies. Et, conséquence du développement des banlieues, les grands magasins se mirent tout à coup à connaître des difficultés, les gens préférant magasiner dans des commerces dits de spécialités, plus près de chez eux.

Puis, ce fut la grande révolution alimentaire. Il y eut tout d’abord Super Carnaval, première grande surface alimentaire, qui fit un ravage à Québec avant de faire la même chose à Montréal. Par la suite, ce fut le début de l’invasion des américains, tout d’abord avec Club Price (aujourd’hui Costco), suivi de Walmart et maintenant de Target. Aujourd’hui, il n’y a plus de cloison et nous vivons le mélange des genres : les pharmacies vendent de l’alimentation et les supermarchés vendent des médicaments. Walmart vend des pneus (et même des cercueils aux États-Unis) en plus de faire des changements d’huile, alors que Costco vend des automobiles. Et que dire des eBay et des Amazon que tous les commerçants regardent sans trop savoir comment les contrer. Et ils devront trouver une façon, car il en va de leur survie.

Comme quoi le commerce de détail n’est rien d’autre qu’un éternel recommencement où ceux qui ne s’adaptent pas finissent par crever et être remplacés par des nouveaux venus avec des idées plus fraîches. En commerce de détail, c’est habituellement lorsqu’on pense avoir gagné la partie qu’on est en train de la perdre. On peut dire sans crainte de se tromper que les cimetières sont pleins de commerces de détail qui ont oublié que le consommateur a toujours raison, même quand on pense qu’il a tort.

Si un commerçant n’offre pas aux consommateurs les produits qu’ils veulent, de la façon qu’ils les veulent, ils vont aller voir ailleurs sans vous dire pourquoi ils le font.

Les gagnants d’hier peuvent facilement devenir les perdants de demain, car nous vivons une révolution commerciale perpétuelle. Et il m’apparaît évident que ceux qui ne se tourneront pas vers le commerce en ligne seront parmi les perdants.

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