DE MAUVAIS AUGURE

Publié dans La Presse, le 12 avril 2013 :

La Société des alcools du Québec est la seule société d’État impliquée dans le commerce de détail. Et même si cette société fait des affaires sur une base de monopole, il est important que ses dirigeants, notamment son PDG et son président du conseil d’administration, soient nommés pour leurs compétences et leur compréhension de ce qu’est et doit être une société commerciale. À cet égard, la nomination de Sylvain Simard au poste de président du conseil d’administration de la SAQ me laisse perplexe et est de mauvais augure.

À mon arrivée comme PDG de la SAQ en 1998, le conseil d’administration de la SAQ était très politisé, ce qui ne favorisait pas son positionnement commercial. Son président d’alors était Paul Asselin, dont la grande qualité était, semble-t-il, d’avoir été candidat péquiste défait dans le comté d’Outremont. La plupart des autres membres, dont l’ancien ministre Guy Tardif, avaient de toute évidence été nommés à cause de leur allégeance péquiste, sans égard à leurs connaissances du commerce de détail ou du monde des affaires.

Tous s’entendent pour dire que la SAQ était à cette époque une entreprise sclérosée, loin des besoins du consommateur.

À ma demande, Bernard Landry, alors ministre des Finances, avait accepté de changer fondamentalement la formation du conseil d’administration de la SAQ, non pas en nommant des libéraux au lieu de péquistes, mais en nommant des péquistes issus du monde des affaires et ayant une profonde connaissance du commerce et des affaires en général.

C’est ainsi que les Pierre Parent, homme d’affaires réputé et fondateur du Salon national de l’habitation, avait été nommé président du conseil, et que les Raymond Dutil, propriétaire et président de Procycle en Beauce, et Denise Martin, PDG de la filiale pharmaceutique de Metro Richelieu, avaient successivement fait leur apparition au conseil d’administration de la société d’État.

Lorsque les libéraux sont arrivés au pouvoir en 2003, ils ont continué cette tendance en nommant entre autres Norman Hébert jr, président du Groupe Park Avenue, au poste de président du conseil, et d’autres administrateurs chevronnés, notamment Yves Archambault, ex-président de RénoDépôt, Jean-Marie Toulouse, des HEC, et Liliane Colpron, présidente et cofondatrice de Première Moisson. C’est ainsi que la SAQ a été en mesure de non seulement poursuivre sur la lancée de Bernard Landry, mais même de l’amener à de nouveaux sommets.

Malheureusement, la nomination de Sylvain Simard au poste de président du conseil d’administration de la SAQ va à l’encontre de cette façon de faire, de ce qui s’est fait au cours des 15 dernières années, années où la SAQ a connu une expansion extraordinaire.

J’ai l’impression que le gouvernement de Pauline Marois retourne en arrière en favorisant ce qui se faisait avant l’an 2000, c’est-à-dire nommer à la SAQ des administrateurs strictement sur la base de leur allégeance politique et des services rendus au parti. Je croyais pourtant cette période définitivement révolue.

Le mandat de Philippe Duval, le PDG actuel de la SAQ, prendra fin sous peu. Il faut espérer que Pauline Marois aura alors la sagesse de ne pas imposer un choix politique pour son remplacement et qu’elle choisira le meilleur commerçant possible. Autrement, ce serait la meilleure façon de réveiller les velléités de privatisation qui reviennent sur le tapis de temps à autre.

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