LA POULE AUX OEUFS D’OR

Publié dans La Presse, le 6 avril 2013 :

Dans une société capitaliste comme la nôtre, où il y a disparité normale entre les revenus de chacun, les impôts que nous payons, en plus d’assurer des services communs, ont également pour but de répartir la richesse de façon à en arriver à une plus grande justice sociale.

Le Québec de la Révolution tranquille nous a d’ailleurs démontré qu’il est possible d’atteindre un niveau de justice plus égalitaire. Les moins bien nantis vont payer moins qu’ailleurs, alors que les mieux nantis vont payer plus qu’ailleurs. C’est ce que l’on appelle le modèle québécois. Cependant, ce modèle a et doit avoir des limites, au risque de tout bousiller.

Il existe une distinction fondamentale entre justice sociale (ou équité) et égalité. Les actions gouvernementales ayant pour objectif la justice sociale doivent viser à donner à chacun les mêmes chances de réussite tout au long de leur vie, et non le même salaire que son voisin. On parle alors plus d’«égalité des chances» que d’«égalité salariale».

Par exemple, les inégalités de salaires entre métiers de qualifications différentes sont le plus souvent considérées comme justes et normales. C’est le fondement même de notre système économique. Malheureusement, ce principe n’est pas toujours compris. Pire encore, il est souvent déformé par ceux qui veulent tirer avantage du système.

Et c’est là que le bât blesse. Il semble en effet y avoir au Québec un segment de la population qui a une définition assez simpliste de la justice sociale. Il s’agit de ceux qui profitent du système en voulant tout avoir gratuitement et en disant «Les riches vont payer» pour que tout soit réglé. Pour ces gens, les supposés riches ne sont rien de moins qu’une source de fonds sans limites. Ils sont comme la poule aux oeufs d’or qui peut pondre sans arrêt. C’est comme si, par magie, taxer davantage les riches était la solution à tous les maux.

La principale contradiction avec cette façon d’agir vient du fait que ces mêmes personnes vont critiquer du moment que quelqu’un fait le moindrement de l’argent. Si quelqu’un a le bonheur (ou le malheur) de tomber dans la catégorie de ceux que l’on appelle les «riches», il devient comme un voleur de grands chemins qu’il faut honnir. Il faut vite le dépouiller, car faire de l’argent au Québec est encore mal vu.

Donc, on veut l’argent des riches pour payer les services, mais on ne veut pas que ces mêmes riches fassent de l’argent. Un peu beaucoup contradictoire quand même. En principe, si les moins bien nantis veulent avoir plus de services gratuits, ils doivent accepter qu’un segment de la population fasse plus d’argent de façon à payer plus d’impôts. C’est la seule façon d’en arriver à une plus grande justice sociale.

Il y a un adage qui dit que le Québec est riche en pauvres, mais pauvre en riches. En nivelant trop par le bas, on en arrivera à faire le contraire de ce qui est recherché. Moins de riches signifiera moins d’impôts dans les poches du gouvernement. Et moins d’impôts finira par augmenter le nombre de pauvres, car il ne sera plus possible de payer pour tous les services.

Dans la recherche d’une plus grande justice sociale, il est important de ne pas mêler équité et égalité. Il est important de cesser de voir en ceux qui font de l’argent une source infinie de fonds servant à augmenter sans cesse les services gratuits et à en créer de nouveaux. L’élastique pourrait casser.

Commentaires
2 réponses “LA POULE AUX OEUFS D’OR”
  1. Kevin Lacasse dit :

    C’est que la donne est biaisée monsieur Frigon. Si on retourne à l’époque, ce sont les anglais qui tenaient le pouvoir monétaire, et les français les détestaient pour devoir aller manger dans leurs mains contre leur propre gré. Pour que cette relation saine entre riches et pauvres s’établisse, ne faudrait-il pas commencer par notre souveraineté, ou serait-ce par l’éducation (et donc l’acceptation pour un temps de payer pour les autres en attendant l’élévation de la classe pauvre)?

    Sinon, un autre facteur pour cause de la mauvaise foi des gens est la publicité de masse. Ça pourrie psychologiquement et même détraque la vie des gens. Tous voient de la publicité (au rythme de 5x par jour par produit) pour s’acheter ce qu’ils n’ont pas l’argent à se procurer. C’est du harcellement psychologique malsain et envinimant. Ça dit quoi à ceux qui ont déjà ces produits? Ce mal est pour eux quasi-inexistant puisqu’il ne souffrent pas de ce manque. Mais ce contact continuel avec le rêve et la subconscience des travailleurs se fait immédiatement lorsqu’on souhaiterais plutôt se tenir au repos, à l’abris de ces pensées dominant notre esprit. Cette mène n’est au fond tout à tout de moins pas reposante.

    D’ailleurs, d’ou est-ce que sortent ces publicités et incitatifs publicitaires? Des mégas-fortunés, justement. Ça n’est pas nécessairement de la faute des gens de la classe moyenne s’ils sont forcés de vivre dans cet univers qui s’enchaîne en nourrissant une haine envers les responsables de leur harcellement. Ainsi, c’est peut-être donc au tour à cette classe de riches à changer le cycle du citoyen de mauvaise foi, entêté à cause de ses frustrations, parce qu’il n’y a pas d’autre place ou est-ce que ça puisse plus vite changer avant que l’élastique en effet ne casse, sinon que tous se parlent et s’entendent.

  2. Robert Goulet dit :

    M. Frigon,

    Même si je suis d’accord avec votre évaluation d’un « segment de la population », je dois m’inscrire en faux avec la généralisation sous entendue dans une possible définition de ce « segment ». Le segment de population qui veut tout gratuitement en s’abreuvant de la fortune des riches n’est qu’une minorité très bruyante. Sans pour autant croire aveuglément à la « majorité silencieuse », il est quand même facile, avec un peu d’écoute, de réaliser que beaucoup, beaucoup de gens, de Québécois, n’ont absolument rien contre l’idée de faire de l’argent, même du gros argent lorsqu’il est le fruit d’un travail intelligent et rigoureux. Là où il y problème, la où le bât blesse vraiment, c’est lorsque le gros de l’argent est littéralement volé au peuple via des tricheries, contournements de lois, influences déloyales pour modifier les lois en la faveur de « bandits » à cravate ou pas.

    Je ne connais pas votre parcours dans son entièreté mais à première vue, vous me semblez justement être un homme qui a fait sa fortune. Un homme qu’on peut, je crois, qualifier de riche respectable. J’admire ceux qui appliquent le: « rigueur, rigueur rigueur » et je crois être de ceux-ci malgré ma modeste fortune. Mais j’ai beaucoup de difficulté avec ceux qui appliquent plutôt le: « lie, cheat, steal » sur mon dos pour s’enrichir.

    Vous avez tout mon respect M. Frigon, mais je combattrez toujours ceux qui me trichent et me volent.

    Au plaisir de vous rencontrer un jour.

    Robert Goulet

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