LE MAIRE QUI S’ÉCRASAIT

Publié dans La Presse, le 12 novembre 2012 :

Dire que Gérald Tremblay avait une personnalité complexe comme maire de Montréal est certes un euphémisme. Il avait de grandes qualités, dont l’amour de sa ville n’est pas la moindre. Mais selon moi, il n’a jamais eu cette qualité première qui fait la différence entre un grand maire et un maire comme les autres: inspirer la crainte à ses interlocuteurs.

Comme les villes sont des créatures du gouvernement, la partie se joue souvent au niveau de la capacité de leurs maires à influencer les évènements. Ils se doivent d’avoir cette assurance tranquille que Québec va les écouter et répondre positivement à toutes leurs demandes, même farfelues.

Ça devient une question de poids politique, et, dans le cas de Gérald Tremblay, Québec savait qu’il n’y avait pas de prix politique à payer à lui dire non ou à l’ignorer. L’impression qui ressortait en fin de compte était qu’il s’écrasait dès que la situation se corsait.

Voici d’ailleurs un exemple de cette situation, laquelle me fait encore rire chaque fois que j’y pense.

Nous sommes en 2002 et je suis PDG de Loto-Québec. Nous avions travaillé pendant des mois à mettre sur pied un plan stratégique qui incluait l’agrandissement du Casino de Montréal, un nouveau stationnement souterrain, une salle de spectacle de 1250 places ainsi qu’un monorail le long de Pierre-Dupuy pour désengorger cette avenue et pour permettre à la population de se rendre plus facilement au casino ou au parc des Îles. Une fois notre projet bien ficelé, j’avais demandé, par simple politesse, à rencontrer le maire Tremblay pour lui présenter les grandes lignes de ce projet rassembleur. Ce devait être une rencontre officieuse, car le tout était encore embryonnaire. Il s’agissait tout simplement de mettre le maire au courant pour ne pas qu’il l’apprenne par les journaux.

Au jour et à l’heure convenus, je me suis rendu à l’hôtel de ville avec Jean Royer, premier vice-président, direction commerciale, de Loto-Québec, pour cette rencontre. À ma grande surprise, l’adjointe du maire nous a fait entrer dans la grande salle du comité exécutif où nous attendaient non seulement Gérald Tremblay, mais tous les membres de l’exécutif, dont Frank Zampino et Claude Dauphin. D’entrée de jeu, le maire, prenant un air solennel, nous dit: «Messieurs, la Ville de Montréal acceptera de considérer un agrandissement du Casino de Montréal seulement lorsque Loto-Québec acceptera de verser à la Ville 15% des profits de ce même casino.»

Il m’arrive parfois de réagir plutôt bêtement et ce fut le cas. Ma réponse fut cinglante: «Sommes-nous ici dans une maison de fous? Vous savez tous que Loto-Québec se doit de remettre la totalité de ses profits au gouvernement et non à une ville en particulier. Si vous voulez une partie des profits, vous n’avez qu’à aller négocier avec Québec, pas avec moi. Nous n’avons donc rien à faire ici ». Sur ce, j’ai fermé mes dossiers et me suis levé pour quitter la salle. « Attends, Gaétan, m’a répondu Gérald Tremblay, je fais cette demande parce qu’elle fait partie de mon programme électoral. » « Je me fous complètement de votre programme électoral, lui ai-je répondu. Je suis ici pour présenter un projet important pour Montréal, pas pour négocier à la place du gouvernement du Québec. » «Oublions cette demande», a alors répondu le maire, plutôt mal à l’aise. Montre-nous ton projet.»

Et c’est ainsi que Gérald Tremblay, après être monté aux barricades pour une imbécillité, a fait marche arrière aussitôt qu’un obstacle s’est dressé devant lui. Il s’agit là d’un exemple démontrant pourquoi le gouvernement du Québec ne l’a jamais pris au sérieux. Dommage pour Montréal, une ville qui mérite qu’on l’écoute.

Commentaires
3 réponses “LE MAIRE QUI S’ÉCRASAIT”
  1. Antoine dit :

    Vous l’avez bien mis dans votre petite poche arrière, c’est le cas de le dire.

  2. Marcel Brunet dit :

    Suite à votre témoignage en effet il s’est écrasé à mon humble avis ce qui est pire il l’a fait en présence du comité exécutif, laissant ainsi la place à des leaders silencieux et ce qui explique peux être en parti la perte de respect de son équipe et de ce qui s’en ai suivi.

  3. David Labelle dit :

    Les habitants de Montréal ont rechercher d’une certaines manières la honte qui s’abat sur la Métropole (je pense la même chose pour Laval) du fait qu’ils ont réélu ce maire qui à son premier mandat démontrait déjà une incompétence apparente et même « vulgaire ».Peut-être est-ce à cause du manque option,mais il reste que cette homme qui dit travailler pour la ville a bien reçu son deuxième mandat des Montréalais.Je suis natif de la couronne nord de Montréal(la première ville après Laval) et je demeure au Saguenay depuis 8 ans et en aucun cas je regrette mon choix.Je me console en me disant que le plus gros scandale que je connais du maire Tremblay(Jean,maire de Saguenay) est celui de la croix dans la salle de conseil municipal et je resterais surpris qu’il soit au courant de pot-de-vin dans ma ville d’adoption si pot-de-vin il a.
    La corruption est le cancer de la société et tout comme la maladie,ce n’est pas incurable,mais cela va prendre encore des décennie pour réussir à enrailler ce mal qui nous ronges dans nos poches,le peu argents que les HONNÊTES travailleurs rapporte. Je ne voudrais pas être dans la peaux des parents qui doivent acheter les cadeaux de leurs enfants et qui peine à arriver,ouvre le téléviseur et voit tout ces hommes politiques qui ont reçu 500 000$,600 000$ et que le bruit cour que cette commission risque de faire ressortir 600$ million en argent sale,ces parents qui doivent repousser leur hypothèque,pigé dans leurs REER ou leurs épargnes pour venir à bout du temps des fêtes et mettre un peu de joie dans leurs famille.
    Ont tombes sur le cas des maires,mais n’oublions pas le peureux,le lâche et le manipulateur à Jean Charest qui à repousser la commission Charboneau jusqu’aux limite de son mandat.Il a rit du peuple Québécois trop longtemps car il savait très bien la bombe qui allait tomber sur le monde politique.Peureux et lâche car 2 dossiers chaud (étudiants et construction),il passe au suivant.Pour ce qui est de la première ministre,je lui conseil de ce relever de ce début de mandat médiocre,car lorsque tu prend le pouvoir et du promet un trou de 3-4 milliard des le débuts,je n’ai pas voté pour son parti et elle ne me donne pas le gout de le faire.De toute façon,avec un gouvernement minoritaire et des ministres qui donne l’impression d’être des poules pas de tête,son partie ne fera pas long feu.
    La solution,c’est nous,le peuple,le payeur de taxes,c’est NOTRE argent et nous nous devons de réagir.Nous sommes bons pour nous plaindre,mais maintenant faut agir,arrêter de nous regarder le nombril et devenir la nation que nous sommes.J’ai 30 ans,j’aime mon Québec,je crois qu’il n’y a pas de meilleur place sur la planète pour vivre,reprenons nos droit et notre futur pays en main,car avant la grande séparations,faut enlever la poussière que les politiciens nous ont laisser sous les tapis.

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