LE DILEMME DE RONA

Publié dans La Presse, le 19 novembre 2012 :

Il y a toujours eu une ressemblance frappante entre Metro et Rona. Les deux entreprises ont une origine similaire, à savoir celle d’un regroupement d’achats permettant à leurs membres respectifs de décider de leur destinée tout en se partageant les profits.

Il s’agit d’une formule qui a fait ses preuves, mais qui a ses limites quand vient le temps de financer une expansion permettant de jouer dans la cour des grands. Autrement dit, le passage d’une gestion à caractère coopératif, où seuls les membres décident, à une gestion purement capitaliste se fait habituellement dans la douleur parce que cela exige un changement de culture à 180 degrés.

Le cas Metro est en soi un cas d’espèce. Il aura fallu un PDG externe à l’organisation, Pierre Lessard, pour que l’entreprise passe définitivement dans les ligues majeures. Mais le prix à payer a été élevé. Qui ne se souvient pas des poursuites judiciaires acrimonieuses entre Metro et ses membres fondateurs?

Dans les faits, les membres Metro voulaient à la fois le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire avoir l’avantage du financement extérieur tout en gardant le contrôle de l’entreprise. Aujourd’hui, ils ne contrôlent plus Metro, mais, du même coup, ils ont encaissé des sommes d’argent importantes. Ils sont plus riches, mais moins autonomes. C’était le prix à payer pour assurer leur avenir. L’entreprise Metro est aujourd’hui plus florissante et en mesure de bien tirer son épingle du jeu face à une compétition féroce en alimentation.

Rona n’en est pas encore là. L’entreprise n’a jamais eu de PDG en provenance de l’externe, donc avec une culture et une façon de faire lui permettant de se battre à armes égales avec les autres grands joueurs de son industrie. Robert Dutton, pendant 20 ans, et André Dion avant lui, n’ont rien connu d’autre que la culture Rona, une entreprise renfermée sur elle-même. Les deux ont même été les plus ardents défenseurs de cette façon de faire.

Tout comme Metro il y a plus de 10 ans, Rona est à la croisée des chemins. Et l’avenir du groupe passe certes par le choix d’un nouveau PDG qui devra être en mesure de concilier les intérêts des marchands Rona avec ceux des investisseurs institutionnels. Rona a besoin d’avoir son Pierre Lessard, en espérant toutefois que, contrairement à Metro, la transition ne se fera pas à couteaux tirés.

Ce nouveau PDG devra avoir plusieurs cordes à son arc. D’une part, il devra garder la confiance des marchands tout en les amenant dans une nouvelle direction moins sectaire. D’autre part, il devra rapidement améliorer les résultats financiers pour satisfaire les actionnaires institutionnels pour qui seule la performance compte.

Il n’est pas évident de trouver un tel gestionnaire, mais disons qu’il devra probablement être québécois et francophone, considérant l’importance pour les marchands Rona de se reconnaître dans ce brouhaha. Ces derniers devront cependant mettre de l’eau dans leur vin. Car il y a un prix à payer pour avoir une structure permettant de compétitionner à armes égales avec les Home Depot et les Lowe’s de ce monde.

Il est d’ailleurs évident que des vautours comme Lowe’s peuvent revenir en force à tout moment pour essayer d’acheter Rona. Seule une amélioration sensible et rapide des résultats financiers de Rona permettra d’éviter un tel geste qui verrait un fleuron québécois passer en des mains étrangères.

Commentaires
Une réponse “LE DILEMME DE RONA”
  1. MM dit :

    En parlant de Rona… Vous feriez surement un très bon président !

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