LE RETOUR DE BLACKBERRY

Publié dans La Presse, le 18 février 2013 :

BlackBerry a sorti ses premiers appareils à la fin des années 90. Dès lors, je suis devenu accro ou, plutôt, un «CrackBerry», selon l’expression consacrée. À cette époque, le BlackBerry n’était pas un téléphone, mais un simple appareil pour recevoir et envoyer des courriels. Qu’à cela ne tienne, je n’allais nulle part sans lui. Si je ne l’avais pas avec moi, je me sentais presque nu…

Le seul inconvénient, c’était qu’il fallait aussi avoir un téléphone cellulaire. J’espérais donc que BlackBerry ajoute la téléphonie à son appareil, ce qui a été fait quelques années plus tard. Alors là, c’était le bonheur total. Tout en un seul appareil. En plus, BlackBerry avait un marketing avant-gardiste qui a fait en sorte que l’appareil devint rapidement un symbole dans le monde des affaires.

Mais voilà qu’en 2007, Apple sort son fameux iPhone. J’avais toujours été un fanatique des produits Apple, mais il n’était pas question de quitter BlackBerry. Donc, pour moi, c’était Apple pour les ordinateurs (et, plus tard, les iPad), mais pas pour les téléphones. Là, c’était BlackBerry ou rien. Le iPhone, c’était pour les jeunes et pour les rêveurs de nouvelles technologies.

Mais lentement, les choses se sont gâtées. Tout le monde semblait avoir son iPhone. Dans des réunions, j’entendais de plus en plus l’insulte suprême: «Tu es encore avec BlackBerry?» Après un certain temps, je me cachais presque avec mon appareil supposément désuet de peur de passer pour un dinosaure. Et arriva ce qui devait fatalement arriver: j’ai mis mon BlackBerry de côté et je me suis acheté un iPhone, même si j’avais l’impression de tromper quelqu’un ou quelque chose.

J’étais tellement habitué au BlackBerry que je trouvais continuellement des défauts à mon nouveau iPhone. Mais je n’osais pas le dire à qui que ce soit. Je pris même la mauvaise habitude de ne pas avoir mon iPhone avec moi, évitant ainsi les risées de mes amis. Devant mon incapacité à maîtriser mon iPhone, j’allais jusqu’à le mettre de côté pour essayer un Samsung Galaxy Note avec le système d’exploitation Android. Peine perdue. Le résultat a été le même: ce n’était pas un BlackBerry.

Là encore, je m’arrangeais pour ne pas l’avoir avec moi, rêvant plutôt qu’un jour BlackBerry se mettrait à jour et reprendrait le dessus. Mais ça me semblait incertain et je ne me faisais pas trop d’illusions. Peut-être que BlackBerry était vraiment mort, car le ciel s’assombrissait de plus en plus à l’horizon. La haute direction de BlackBerry semblait prendre la même direction que les anciens dirigeants de Nortel.

Puis, tout à coup, une nouvelle direction est arrivée à la tête de BlackBerry, donnant espoir qu’un nouveau système d’opération pourrait redonner à cette marque son lustre d’antan. BlackBerry a alors accouché de son nouvel appareil, le Z10. Cependant, je ne voulais pas me brûler à nouveau, sachant qu’un simple essai pourrait me faire revenir à mes premières amours. Je refusais même d’aller voir ce fameux nouveau téléphone intelligent.

Mais je n’ai pas pu résister longtemps. Il me semblait que peut-être, oui, peut-être que… et je suis finalement allé le voir, ce nouveau BlackBerry. Et bang! Le «CrackBerry» en moi est immédiatement revenu.

BlackBerry est de retour. Et j’ai décidé de revenir au bercail après une période d’infidélité peu fertile. Tous les amateurs d’iPhone et d’appareils Android peuvent maintenant aller se rhabiller, car j’ai retrouvé mon BlackBerry. Et je promets de ne plus tricher…

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