MAROIS A TROP À PERDRE

Publié dans La Presse, le 07 octobre 2013 :

Lorsque le Parti québécois a déposé son avant-projet de charte sur les valeurs québécoises, je suis resté assez indifférent, considérant que la plupart de ses volets faisaient déjà partie d’autres chartes déjà en vigueur, au Québec, au Canada ou à l’international.

Je me suis dit qu’on n’avait quand même pas à tout jeter à la poubelle. Même si ces volets sont redondants, ils demeurent pertinents.

C’est évidemment le volet concernant l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour les employés de l’État qui a retenu mon attention, comme c’est d’ailleurs le cas pour la plupart des Québécois. Ostentatoires? Mais c’est quoi ça?

En toute honnêteté, je ne pouvais être contre quelque chose que je ne connaissais pas. Justement, je ne connaissais pas la signification exacte du mot « ostentatoire », moi qui me targue pourtant de bien connaître mon français. Mon dictionnaire m’a alors révélé qu’il signifiait «qui révèle de l’ostentation». Je n’étais pas plus avancé, car je ne connaissais pas non plus la signification du mot «ostentation».

Mon Larousse sur internet m’a alors donné la réponse: «Affectation qu’on apporte à faire quelque chose, étalage indiscret d’un avantage ou d’une qualité, attitude de quelqu’un qui cherche à se faire remarquer». Je me suis dit qu’il devait y avoir quelque chose de très grave pour que le gouvernement définisse comme une antivaleur québécoise le fait que les employés de l’État portent de tels signes.

Je me suis bien rappelé certaines histoires racontées au cours des dernières années, mais rien qui m’a semblé justifier qu’on mette le feu aux poudres. Évidemment, j’espérais que ce ne soit rien d’autre qu’un exercice politique, car je peux comprendre que le gouvernement veuille créer les conditions nécessaires pour obtenir une majorité aux prochaines élections.

Mais, tout à coup, j’ai vu l’aspect dangereux de ce jeu politique: si jamais le projet de loi est accepté tel quel, il faudra bien qu’un jour, le gouvernement passe à l’action et mette à la porte les employés récalcitrants. Il n’aura pas le choix, car le but de voter des lois est dans un premier temps de les faire respecter. Sinon, pourquoi passer une loi si le but est de ne pas l’appliquer?

Admettons que le gouvernement en soit arrivé là et qu’il soit dans l’obligation de mettre à la porte des employés qui s’obstinent à porter soit le foulard, soit une croix jugée «trop grosse». Je vois déjà les manchettes à travers la planète: «Le gouvernement du Québec met à la porte trois musulmanes qui ont refusé d’enlever leur foulard et deux catholiques qui ont refusé d’enlever une croix jugée trop grosse». Boum!

C’est là que j’ai réalisé qu’aucun gouvernement ne voudra en arriver là pour ne pas être la risée du monde entier. J’en suis alors revenu à mon jugement initial, comme quoi il s’agit simplement d’une manoeuvre politique, soit pour gagner les prochaines élections ; soit pour faire oublier que l’économie se porte mal; soit pour s’assurer que l’opposition majoritaire vote en bloc contre le projet de loi; soit pour s’assurer que la Cour suprême déclare inconstitutionnel le volet des signes ostentatoires, ce qui permettrait au gouvernement Marois de blâmer à nouveau le système fédéral.

Ma conclusion est que le gouvernement Marois n’est pas assez masochiste pour prendre le risque que le volet des signes ostentatoires de son projet de charte devienne réalité. Il a beaucoup trop à perdre en regard de sa réputation internationale, alors que son but ultime est la séparation du Québec du reste du Canada. Car si jamais cela arrive, il aura besoin du support international.

Je suis donc convaincu que le volet des signes ostentatoires dans le projet de charte des valeurs québécoises n’est rien d’autre qu’un trompe-l’oeil qui, en temps et lieu, sera abandonné.

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