UN GRAND PARMI LES GRANDS

Publié dans La Presse, le 10 octobre 2013 :

Le Québec a connu son lot de grands entrepreneurs au cours des 50 dernières années. Qui ne se souvient pas des Bombardier, Steinberg, Vachon, Simard et, aujourd’hui, des Coutu? Les Québécois s’identifiaient à eux parce qu’ils pouvaient toucher leurs produits ou aller dans leur commerce.

Cependant, le plus grand d’entre eux, Paul Desmarais, un Québécois d’adoption, n’a jamais eu la même reconnaissance parce qu’il travaillait dans un domaine beaucoup moins accepté et beaucoup moins visible au Québec: celui de la haute finance. Les gens de ma génération se souviennent encore que le clergé faisait tout pour nous éloigner de cet enfer de l’argent, dominé par les « Anglais ». Mais c’est le domaine que Paul Desmarais avait choisi pour démontrer que les francophones aussi pouvaient réussir, que nous n’étions pas des citoyens de deuxième classe.

Paul Desmarais a obtenu son diplôme en Commerce à l’Université d’Ottawa en 1950. Dix ans plus tard, alors qu’il venait de conclure sa première transaction importante, l’achat de Provincial Transport, j’étais moi-même étudiant à cette même université. Je me souviens vaguement d’un professeur qui nous avait dit de surveiller ce Desmarais, car il irait loin. La suite des évènements lui a certes donné raison.

Un Québécois qui a un succès planétaire dans la finance est assuré d’être adoré par certains et honni par d’autres. C’est en effet un milieu qui exige d’avoir des liens étroits avec des personnalités influentes tant du monde des affaires que du monde politique. Paul Desmarais avait cette influence. C’est un milieu qui exige de la discrétion. Paul Desmarais avait cette discrétion. C’est un milieu qui exige d’apprendre de ses échecs. Paul Desmarais a toujours su se relever après un échec.

Si on voulait décrire les qualités d’un vrai entrepreneur, il faudrait citer: savoir saisir les occasions d’affaires, savoir s’entourer, ne jamais paniquer devant les évènements, viser le long terme, préparer la relève, savoir quand acheter et quand vendre, et diversifier ses activités. Paul Desmarais avait toutes ces qualités en plus d’avoir le «pif» de quand et comment réaliser des transactions importantes.

Le terrain de jeu de Paul Desmarais s’étendait sur plusieurs continents. Il a tissé des liens financiers et politiques non seulement avec l’Europe, mais aussi avec la Chine à un moment où personne ne voulait prendre de risques avec ce pays. Aujourd’hui, les Desmarais ont une relation privilégiée avec ce pays au potentiel énorme.

Paul Desmarais aura été l’un des Québécois les plus diabolisés à cause de son succès et de son influence. C’est là la rançon du succès. Mais cela ne l’aura jamais empêché de continuer sa route et d’accumuler les réussites les unes après les autres. Jamais il n’a haussé le ton devant ces critiques souvent injustes.

Paul Desmarais aura finalement été un grand mécène. On ne compte plus les dons importants qu’il a faits dans le milieu universitaire et dans celui de la santé.

Même si je ne l’ai jamais rencontré, j’ai toujours admiré Paul Desmarais et son esprit entrepreneurial. Pour moi, il demeure le plus grand des entrepreneurs que le Québec ait connu. Je lui lève mon chapeau.

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