UNE DIVISION NÉFASTE

Publié dans La Presse, le 17 août 2012:

Dans une lutte à trois, les votes nationalistes perdus par le PQ pourraient l’empêcher de former le gouvernement.

La discipline au Parti québécois a toujours été plus difficile à appliquer que dans les autres partis. De toute évidence, cela tient fondamentalement à son option de vouloir séparer le Québec du reste du Canada, laquelle suscite à la fois passion et impatience.

En fait, tout un chacun devient un peu une belle-mère qui pense que sa façon de faire est meilleure que celle du voisin, que sa méthode les amènera plus vite vers la terre promise.

Cependant, dans le passé, toutes les forces vives qui souhaitaient la réalisation de cette option n’avaient, tout compte fait, qu’un seul parti pour lequel voter : le Parti québécois. Et il faut admettre que ce parti nous a donné au cours de son histoire des lois bien pensées qui ont marqué le Québec moderne ; la loi 101 sur la protection du français ainsi que la loi sur la protection du territoire agricole ne sont pas les moindres.

Toutefois, comme le pourcentage de Québécois qui veulent l’indépendance du Québec a toujours été inférieur à 50%, il apparaît évident qu’une bonne partie des électeurs qui votent pour le PQ le font en sachant que les résultats ne signifient pas que le Québec pourra se séparer, cela devant être décidé lors d’un référendum subséquent.

En conséquence, pour être en mesure de former un gouvernement majoritaire, le PQ se doit, d’une part, d’avoir la totalité des votes de ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part, de faire le plein de votes chez ceux qui pensent que le PQ sera un meilleur gouvernement que le parti présentement au pouvoir.

Malheureusement pour le Parti québécois, la division du vote souverainiste est plus importante aujourd’hui que lors des élections précédentes. Il y a tout d’abord Québec solidaire, dont la popularité est en forte croissance dans certains quartiers de Montréal et dont les électeurs ont presque toujours voté pour le PQ dans le passé.

À cela s’ajoute Option nationale, qui joue tout simplement le jeu des fédéralistes en divisant le vote des souverainistes, tout cela pour une question de « degré » . Et cela ne prend même pas en considération les souverainistes qui vont suivre François Legault avec la CAQ, puisque M. Legault a été l’un des leurs.

Dans une véritable lutte à trois comme celle présentement en cours, il devient évident que plusieurs circonscriptions seront gagnées ou perdues par quelques points de pourcentage seulement. Et les votes pour Québec solidaire et pour Option nationale étant presque automatiquement des votes enlevés au PQ, il est fort possible que la résultante soit quelques circonscriptions de moins pour ce parti. Et quelques circonscriptions de moins peuvent faire la différence entre former le gouvernement ou former l’opposition.

Comme il est reconnu que l’alternance est la meilleure garantie du maintien de notre système démocratique, le PQ a quand même démontré à deux reprises dans le passé que, outre son option fondamentale, il est en mesure de former un bon et même un excellent gouvernement. Tenant compte de ce principe, le PQ devrait cette fois-ci prendre le pouvoir sans trop de difficulté.

Mais ce n’est pas le cas, évidemment à cause de la présence de la CAQ, mais aussi à cause de la division du vote souverainiste. Indépendamment de ce que l’on peut penser de l’option souverainiste, il demeure évident que, si Québec solidaire et Option nationale ensemble vont chercher 10% des votes, ça pourrait s’avérer suffisant pour empêcher le PQ de former un gouvernement majoritaire.

Et pour cette raison, les belles-mères devraient respirer un peu plus par le nez, sachant que la théorie et la pratique ne sont pas toujours compatibles. L’intérêt supérieur du Québec exige une plus grande unité chez les forces dont le principal objectif est la souveraineté du Québec.

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